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vous décourager ; c’est de vous accoûtumer à souffrir.

Et ne dites pas : je ne puis plus endurer les sanglans affronts, que me fait untel, ou untel ; & il n’est pas à propos que j’en souffre davantage. Car cet homme en use trop mal ; il ne cesse de me reprocher des choses, à quoi je n’ai pas seulement pensé. Si c’étoit un autre, j’en souffrirois plus volontiers : je ne souffrirai de qui que ce soit, que selon qu’il me plaira, & qu’autant qu’il me plaira.

Quiconque parle de la sorte, n’est pas raisonnable. Car au lieu de considerer en quoi consiste la vraye patience & qui la doit couronner ; il regarde seulement qui sont ceux qui l’ont offensé, & quelles sortes d’injures il en a reçûës.

Ce n’est pas être vraiment patient, que de ne pouvoir se résoudre à tout souffrir, & à souffrir de toutes sortes de personnes.

Un homme vraiment patient n’examine point qui est celui qui le fait souffrir ; si c’est son Superieur, ou quelqu’un de ses égaux, ou même quelqu’un de ses inferieurs ; si c’est un homme de bien, ou un méchant homme.

Quelque mortification qui lui arrive, & quelle qu’en soit la cause, il reçoit tout également de la main