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Or, les écrivains amis de cette dernière théorie, condamnent les héros de leurs romans à rester inertement confinés dans les vices héréditaires et toujours au même niveau moral, et cela depuis leur première apparition devant le lecteur jusqu’à la dernière page du livre, sans nulle possibilité de changer, sans aucune lutte avec les circonstances, sans moyen de se corriger, de devenir meilleur, de s’élever, comme s’il n’y avait dans la vie qu’immobilité et inertie.

George Sand avait d’autres croyances. Elle voyait la vie autrement. Malgré sa condescendance sans bornes, sa générosité envers les faibles, les criminels, les hommes vicieux, malgré sa compréhension des circonstances fatales qui peuvent entraîner au crime des personnes que la nature a faites bonnes, elle croyait à la libre volonté, au libre arbitre ; comme Rousseau, elle était persuadée que l’homme est bon en sortant des mains de Dieu et que c’est la société qui le corrompt[1]. Elle croyait donc à la possibilité pour chacun, fût-il le plus dépravé des hommes, le plus ignorant, le plus obscur, le plus malheureux, le plus sauvage ou le plus criminel, de se corriger, de se sauver, de s’amender, de s’élever et de s’éclairer. C’est même là un de ses thèmes favoris. Trenmor, grâce à un esprit hors ligne, à une ferme volonté et plus encore à la vive pitié qu’il porte aux malheureux, de joueur, d’assassin, et de forçat banni de la société, redevient un ami et un membre utile de l’humanité. Bernard Mauprat, de [2]

  1. Elle dit dans une lettre à son fils, datée du 15 décembre 1830, presque la même chose que Rousseau dans sa célèbre formule.
  2. dans la préface ces mots : « Je crois que j’ai écrit ce roman en 1846, mon procès en séparation à peine terminé ». Il est clair que c’est une simple faute d’impression, non corrigée, et qu’il faut lire : 1836.