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Conséquemment, si nous prenons en considération : 1° la parfaite ressemblance de ce qui est raconté dans la lettre datée du 1er novembre avec ce qui, dans l’Histoire de ma Vie, est rapporté au mois de février ; 2) le contenu de cette lettre, écrite indubitablement avant le verdict et bientôt après le commencement du procès ; 3° l’absence de toute indication et l’invraisemblance du fait que George Sand eut pu s’établir à Nohant, entre le jour de l’enquête (14 janvier) et celui où elle rentra en possession de Nohant (16 février) ; 4° l’impossibilité d’insérer ces « quelques semaines » en n’importe quelle époque « après le jugement », — nous sommes en droit de conclure que le séjour dans la maison déserte doit se rapporter à l’automne, c’est-à-dire du 19 octobre au 3 novembre. Nous avons, pour appuyer notre opinion, la lettre du 1er novembre, dont nous allons citer quelques fragments en soulignant les passages sur lesquels nous voudrions attirer l’attention du lecteur. « Il faut que vous sachiez que je suis toujours à la campagne, chez moi. Je plaide en séparation contre mon époux, qui a déguerpi, me laissant maîtresse du champ de bataille. J’attends la décision du tribunal. Je suis donc toute seule dans cette grande maison ; il n’y a pas un domestique qui couche sous mon toit, pas même un chien… Je ne reçois personne, je mène une vie monacale. J’attends l’issue de mon procès, d’où dépend le pain

    2 février et qu’après le jugement elle pourrait immédiatement reprendre possession de sa maison. C’est pour cette raison que Rollinat lui avait adressé ses lettres à Nohant, mais la séance fut remise au 14, puis au 16 février, — et le 18 février, toujours encore de La Châtre, George Sand écrit à l’abbé qu’elle voudrait bien le revoir (ils se sont vus en janvier à Châteauroux), mais qu’elle ne pourra probablement le recevoir chez elle que dans deux mois — si l’adversaire n’acquiesce pas au jugement, — et elle ajoute : « Je me tiens toujours éloignée de mon ermitage, la personne pouvant y arriver d’un moment à l’autre. »