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ment le besoin de passer avec ses enfants quelque temps dans le calme de Nohant. Les sorties brutales de Casimir commencèrent alors à prendre davantage encore un caractère sauvage. Ainsi, un jour, en présence de plusieurs personnes qui dînaient à Nohant, entre autres de Rozanne Bourgoing et de son mari (c’étaient de grands amis d’Aurore), Dudevant se fâcha d’une manière si inconvenante contre Solange, que la fillette, tout effrayée, fondit en larmes et, sans attendre que le dîner fût fini, sortit de la salle à manger, ce qui amena son père à l’accabler, elle et sa mère, de paroles absolument grossières. Une autre fois pour une bouteille qu’on avait laissée tomber, et à la suite de l’ordre donné par Aurore d’en apporter une nouvelle, Dudevant se mit de nouveau à crier contre sa femme en présence de leurs convives, et s’oublia jusqu’à défendre aux domestiques d’exécuter les ordres qu’elle donnait, car à Nohant lui seul prétendait être le maître.

Vers cette même époque Mme Dudevant s’aperçut que les affaires de Casimir étaient tout embrouillées. « M. Dudevant a mangé 80 000 francs à lui sans augmenter d’un dénier ma fortune », disait Aurore, dans une lettre à M. Accolas dont nous avons déjà cité deux fragments dans le Chapitre V. « Il est bon de faire savoir que ses acquisitions de terres n’étaient que le remploi forcé de mes rentes sur l’État qu’il a aliénées. Il m’en a fait vendre pour 48 000 et il a acheté pour 46 000. Ainsi il a bien mangé son fonds et son revenu en tant qu’il a pu le faire. Il a toujours fait de très mauvaises acquisitions et n’a jamais pu voir clair dans leurs produits. Il s’était engagé par traité amiable à me faire retirer 1 400 de la locature du Grand Moulin et il n’a pu l’affermer que 1 200… »

Casimir n’avait plus pour fortune personnelle que