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et au moyen d’une affectueuse persuasion, j’ai plié aveuglément sous la main amie. Mais quand on s’est lassé de me persuader et qu’on a voulu me commander, quand on a réclamé ma soumission non plus au nom de l’amour et de l’amitié, mais en vertu d’un droit ou d’un pouvoir, j’ai retrouvé cette force que personne ne connaît en moi, que moi, moi qui sais seul combien j’aime, combien je regrette, combien je souffre…

« Everard, tu es un grand maître. Oh ! que je t’ai connu, sublime de tendresse ! paternel, persuasif, inspirant de fanatiques dévouements. Pourquoi, vieillard, ton cœur s’est-il endurci ? Pourquoi de tes enfants as-tu voulu faire des esclaves ? Pourquoi le titre de maître t’a-t-il semblé plus doux que celui de père ? Et à présent te voilà seul… »

C’est fini ! « L’oiseau qui chantait sur la branche » et que « l’amant de la gloire » était parvenu à captiver par ses appels à la liberté, s’envola ; le « voyageur » qui se moquait des « hochets des hommes d’action », en a vu mieux que jamais le néant ; le cœur de femme saigne encore, mais il n’adressera plus à Michel-Marcel ses plaintes passionnées.

George Sand essaya par plusieurs de ses amis de savoir les raisons qui portaient Michel tantôt à garder le silence pendant des semaines entières, tantôt à lui écrire des lettres impossibles. Voyant enfin que son bonheur était perdu sans retour, elle se résigna à son sort, et ils se séparèrent à jamais. Cette rupture se produisit dans le courant de l’été 1837.

Nous avons ainsi anticipé sur les événements en racontant l’épilogue du roman qui, en l’été de 1835, n’était qu’à son apogée. Loin de tout et de tous, retirée dans sa maison déserte, à Bourges, George Sand étudiait la phré-