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clusions. En premier lieu, et avant tout, le travail n’est nullement une punition du péché originel, il est la cause, la condition absolue de tout progrès, « car le travail c’est l’action même, c’est dans l’universalité des êtres de tout ordre, l’exertion permanente de l’énergie interne par laquelle ils sont, le travail c’est la vie et le progrès de la vie ; et Dieu lui-même, au fond de son impénétrable unité, se réalise selon tout ce qu’il est par un travail éternel[1]. »

De là découle aussi pour la science la nécessité d’unifier toutes ses conquêtes et de les systématiser ; c’est là la seule voie qui puisse l’élever à la hauteur qui lui est due, en faire non un amas de connaissances inutiles et d’exercices stériles de l’esprit, mais le flambeau de l’humanité. (À ce sujet Lamennais énonce des idées qui ont servi plus tard de base à la classification des sciences d’Auguste Comte, et, d’autre part, il a pour les sciences presque littéralement les mêmes exigences qu’aujourd’hui Tolstoï.) De là aussi les rigoureuses obligations que Lamennais impose aux artistes.

« Les artistes aujourd’hui, les artistes véritables n’ont que deux routes à suivre. Ils peuvent, se renfermant en soi, individualiser l’art, en s’exprimant, pour ainsi dire eux-mêmes. Mais qu’est-ce qu’un homme dans l’humanité ? Qu’est-ce que sa pensée, son sentiment, ses impressions personnelles ? S’isoler de la sorte, c’est renoncer aux grandes inspirations, à éveiller des sympathies générales et profondes, à parler une langue entendue universellement ; c’est, dès lors, tout ensemble et détourner l’art de son but, le rétrécir, le fausser souvent, et se condamner à un oubli

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