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reprirent les malheureux amants. L’ancien bonheur était empoisonné par d’affreux souvenirs, il était souillé et mutilé. Leur nouvelle liaison ramena les extravagances d’autan, les anciennes souffrances, les querelles, les reproches, les réconciliations ; mais la première union des deux âmes était à tout jamais rompue. Leur vie n’était plus supportable. Leur dignité faisait naufrage au milieu de ces humiliations perpétuelles, de ces injures, de ces repentirs poignants et de ces réconciliations bientôt suivies de nouveaux orages. Musset se fatigua et rompit le premier, après quoi, comme ils en avaient l’habitude, ils crurent nécessaire d’instruire leurs confidents respectifs de leur rupture : lui, Tattet ; elle, Sainte-Beuve. Ceci se passait en novembre ; George Sand retourna à Nohant. Il leur sembla à tous deux que c’était définitivement bien fini entre eux ; l’un et l’autre étaient mortellement fatigués. George Sand n’était pas seulement persuadée que c’était la fin, elle voulait encore le persuader à ses amis. Elle écrivait le 14 décembre à Boucoiran : … « Si vous savez quelque chose de désagréable pour moi, ne m’en avertissez pas. Comme je ne retomberai pas dans ce malheureux amour, il est inutile que mes souffrances soient augmentées[1]… »

Un peu avant cela, le 6 décembre, avec plus de détachement encore, elle parlait de son amour comme d’une chose absolument finie. Mais lorsqu’à la fin de décembre elle retourna à Paris, toutes ses belles résolutions s’évanouirent comme une fumée. Cet amour qui, à Nohant, lui paraissait un martyre insupportable, et dont elle semblait heureuse de se voir libérée, lui semblait à présent le

  1. Lettre inédite.