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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/86

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l'île mystérieuse.

de sapins, près d’un petit ruisseau qui s’en allait en cascade, elle se trouvait encore à mi-chemin du premier plateau, qui, dès lors, ne serait vraisemblablement atteint qu’à la nuit tombante.

De ce point, l’horizon de mer se développait plus largement ; mais, sur la droite, le regard, arrêté par le promontoire aigu du sud-est, ne pouvait déterminer si la côte se rattachait par un brusque retour à quelque terre d’arrière plan. À gauche, le rayon de vue gagnait bien quelques milles au nord ; toutefois, dès le nord-ouest, au point qu’occupaient les explorateurs, il était coupé net par l’arête d’un contrefort bizarrement taillé, qui formait comme la puissante culée du cône central. On ne pouvait donc rien pressentir encore de la question que voulait résoudre Cyrus Smith.

À une heure, l’ascension fut reprise. Il fallut biaiser vers le sud-ouest et s’engager de nouveau dans des taillis assez épais. Là, sous le couvert des arbres, voletaient plusieurs couples de gallinacés de la famille des faisans. C’étaient des « tragopans », ornés d’un fanon charnu qui pendait sur leurs gorges, et de deux minces cornes cylindriques, plantées en arrière de leurs yeux. Parmi ces couples, de la taille d’un coq, la femelle était uniformément brune, tandis que le mâle resplendissait sous son plumage rouge, semé de petites larmes blanches. Gédéon Spilett, d’un coup de pierre, adroitement et vigoureusement lancé, tua un de ces tragopans, que Pencroff, affamé par le grand air, ne regarda pas sans quelque convoitise.

Après avoir quitté ce taillis, les ascensionnistes, se faisant la courte échelle, gravirent sur un espace de cent pieds un talus très-raide, et atteignirent un étage supérieur, peu fourni d’arbres, dont le sol prenait une apparence volcanique. Il s’agissait alors de revenir vers l’est, en décrivant des lacets qui rendaient les pentes plus praticables, car elles étaient alors fort raides, et chacun devait choisir avec soin l’endroit où se posait son pied. Nab et Harbert tenaient la tête, Pencroff la queue ; entre eux, Cyrus et le reporter. Les animaux qui fréquentaient ces hauteurs — et les traces ne manquaient pas — devaient nécessairement appartenir à ces races, au pied sûr et à l’échine souple, des chamois ou des isards. On en vit quelques-uns, mais ce ne fut pas le nom que leur donna Pencroff, car, à un certain moment :

« Des moutons ! » s’écria-t-il.

Tous s’étaient arrêtés à cinquante pas d’une demi-douzaine d’animaux de grande taille, aux fortes cornes courbées en arrière et aplaties vers la pointe, à la toison laineuse, cachée sous de longs poils soyeux de couleur fauve.

Ce n’étaient point des moutons ordinaires, mais une espèce communément