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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/79

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les naufragés de l'air.

pas un gibier ne s’était encore montré. Top, en courant sous les basses ramures, ne donnait l’éveil qu’à des oiseaux qu’on ne pouvait approcher. Les couroucous eux-mêmes étaient absolument invisibles, et il était probable que le marin serait forcé de revenir à cette partie marécageuse de la forêt, dans laquelle il avait si heureusement opéré sa pêche aux tétras.

« Eh ! Pencroff, dit Nab d’un ton un peu sarcastique, si c’est là tout le gibier que vous avez promis de rapporter à mon maître, il ne faudra pas grand feu pour le faire rôtir !

— Patience, Nab, répondit le marin, ce n’est pas le gibier qui manquera au retour !

— Vous n’avez donc pas confiance en M. Smith ?

— Si.

— Mais vous ne croyez pas qu’il fera du feu ?

— Je le croirai quand le bois flambera dans le foyer.

— Il flambera, puisque mon maître l’a dit !

— Nous verrons ! »

Cependant, le soleil n’avait pas encore atteint le plus haut point de sa course au-dessus de l’horizon. L’exploration continua donc, et fut utilement marquée par la découverte qu’Harbert fit d’un arbre dont les fruits étaient comestibles. C’était le pin pigeon, qui produit une amande excellente, très-estimée dans les régions tempérées de l’Amérique et de l’Europe. Ces amandes étaient dans un parfait état de maturité, et Harbert les signala à ses deux compagnons, qui s’en régalèrent.

« Allons, dit Pencroff, des algues en guise de pain, des moules crues en guise de chair, et des amandes pour dessert, voilà bien le dîner de gens qui n’ont plus une seule allumette dans leur poche !

— Il ne faut pas se plaindre, répondit Harbert.

— Je ne me plains pas, mon garçon, répondit Pencroff. Seulement, je répète que la viande est un peu trop économisée dans ce genre de repas !

— Top a vu quelque chose !… » s’écria Nab, qui courut vers un fourré au milieu duquel le chien avait disparu en aboyant. Aux aboiements de Top se mêlaient des grognements singuliers.

Le marin et Harbert avaient suivi Nab. S’il y avait là quelque gibier, ce n’était pas le moment de discuter comment on pourrait le faire cuire, mais bien comment on pourrait s’en emparer.

Les chasseurs, à peine entrés dans le taillis, virent Top aux prises avec un animal qu’il tenait par une oreille. Ce quadrupède était une espèce de porc long