Ouvrir le menu principal

Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/69

Cette page a été validée par deux contributeurs.
69
les naufragés de l'air.

que vous ayez eu la force de marcher jusqu’ici, puisque Nab a retrouvé les empreintes de vos pas !

— Oui… il le faut… répondit l’ingénieur en réfléchissant. Et vous n’avez pas vu trace d’êtres humains sur cette côte ?

— Pas trace, répondit le reporter. D’ailleurs, si par hasard quelque sauveur se fût rencontré là, juste à point, pourquoi vous aurait-il abandonné après vous avoir arraché aux flots ?

— Vous avez raison, mon cher Spilett. — Dis-moi, Nab, ajouta l’ingénieur en se tournant vers son serviteur, ce n’est pas toi qui… tu n’aurais pas eu un moment d’absence… pendant lequel… Non, c’est absurde… Est-ce qu’il existe encore quelques-unes de ces empreintes ? demanda Cyrus Smith.

— Oui, mon maître, répondit Nab, tenez, à l’entrée, sur le revers même de cette dune, dans un endroit abrité du vent et de la pluie. Les autres ont été effacées par la tempête.

— Pencroff, répondit Cyrus Smith, voulez-vous prendre mes souliers, et voir s’ils s’appliquent absolument à ces empreintes ! »

Le marin fit ce que demandait l’ingénieur. Harbert et lui, guidés par Nab, allèrent à l’endroit où se trouvaient les empreintes, pendant que Cyrus Smith disait au reporter :

« Il s’est passé là des choses inexplicables !

— Inexplicables, en effet ! répondit Gédéon Spilett.

— Mais n’y insistons pas en ce moment, mon cher Spilett, nous en causerons plus tard. »

Un instant après, le marin, Nab et Harbert rentraient.

Il n’y avait pas de doute possible. Les souliers de l’ingénieur s’appliquaient exactement aux empreintes conservées. Donc, c’était Cyrus Smith qui les avait laissées sur le sable.

« Allons, dit-il, c’est moi qui aurai éprouvé cette hallucination, cette absence que je mettais au compte de Nab ! J’aurai marché comme un somnambule, sans avoir conscience de mes pas, et c’est Top qui, dans son instinct, m’aura conduit ici, après m’avoir arraché des flots… Viens, Top ! Viens, mon chien ! »

Le magnifique animal bondit jusqu’à son maître, en aboyant, et les caresses ne lui furent pas épargnées.

On conviendra qu’il n’y avait pas d’autre explication à donner aux faits qui avaient amené le sauvetage de Cyrus Smith, et qu’à Top revenait tout l’honneur de l’affaire.

Vers midi, Pencroff ayant demandé à Cyrus Smith si l’on pouvait le trans-