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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/527

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le secret de l'île.

Sur le lit reposait le corps d’un homme.

Soudain, Cyrus Smith recula, et d’une voix étouffée :

« Ayrton ! » s’écria-t-il.

Aussitôt, la porte fut plutôt enfoncée qu’ouverte, et les colons se précipitèrent dans la chambre.

Ayrton paraissait dormir. Son visage attestait qu’il avait longuement et cruellement souffert. À ses poignets et à ses chevilles se voyaient de larges meurtrissures.

Cyrus Smith se pencha sur lui.

« Ayrton ! » s’écria l’ingénieur en saisissant le bras de celui qu’il venait de retrouver dans des circonstances si inattendues.

À cet appel, Ayrton ouvrit les yeux, et regardant en face Cyrus Smith, puis les autres :

« Vous, s’écria-t-il, vous ?

— Ayrton ! Ayrton ! Répéta Cyrus Smith.

— Où suis-je ?

— Dans l’habitation du corral !

— Seul ?

— Oui !

— Mais ils vont venir ! s’écria Ayrton ! Défendez-vous ! défendez-vous ! »

Et Ayrton retomba épuisé.

« Spilett, dit alors l’ingénieur, nous pouvons être attaqués d’un moment à l’autre. Faites entrer le chariot dans le corral. Puis, barricadez la porte, et revenez tous ici. »

Pencroff, Nab et le reporter se hâtèrent d’exécuter les ordres de l’ingénieur. Il n’y avait pas un instant à perdre. Peut-être même le chariot était-il déjà entre les mains des convicts !

En un instant, le reporter et ses deux compagnons eurent traversé le corral et regagné la porte de la palissade, derrière laquelle on entendait Top gronder sourdement.

L’ingénieur, quittant Ayrton un instant, sortit de la maison, prêt à faire le coup de feu. Harbert était à ses côtés. Tous deux surveillaient la crête du contrefort qui dominait le corral. Si les convicts étaient embusqués en cet endroit, ils pouvaient frapper les colons l’un après l’autre.

En ce moment, la lune apparut dans l’est au-dessus du noir rideau de la forêt, et une blanche nappe de lumière se répandit à l’intérieur de l’enceinte. Le corral s’éclaira tout entier avec ses bouquets d’arbres, le petit cours d’eau