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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/524

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l'île mystérieuse.

Gédéon Spilett et le marin n’étaient point hommes à reculer, mais ils savaient qu’une imprudence de leur part, dont ils seraient les premières victimes, retomberait ensuite sur leurs compagnons. Eux tués, que deviendraient Cyrus Smith, Nab, Harbert ?

Mais Pencroff, surexcité en se sentant si près du corral, où il supposait que les convicts s’étaient réfugiés, allait se porter en avant, quand le reporter le retint d’une main vigoureuse.

« Dans quelques instants, il fera tout à fait nuit, murmura Gédéon Spilett à l’oreille de Pencroff, et ce sera le moment d’agir. »

Pencroff, serrant convulsivement la crosse de son fusil, se contint et attendit en maugréant.

Bientôt, les dernières lueurs du crépuscule s’effacèrent complétement. L’ombre qui semblait sortir de l’épaisse forêt envahit la clairière. Le mont Franklin se dressait comme un énorme écran devant l’horizon du couchant, et l’obscurité se fit rapidement, ainsi que cela arrive dans les régions déjà basses en latitude. C’était le moment.

Le reporter et Pencroff, depuis qu’ils s’étaient postés sur la lisière du bois, n’avaient pas perdu de vue l’enceinte palissadée. Le corral semblait être absolument abandonné. La crête de la palissade formait une ligne un peu plus noire que l’ombre environnante, et rien n’en altérait la netteté. Cependant, si les convicts étaient là, ils avaient dû poster un des leurs, de manière à se garantir de toute surprise.

Gédéon Spilett serra la main de son compagnon, et tous deux s’avancèrent en rampant vers le corral, leurs fusils prêts à faire feu.

Ils arrivèrent à la porte de l’enceinte sans que l’ombre eût été sillonnée d’un seul trait de lumière.

Pencroff essaya de pousser la porte, qui, ainsi que le reporter et lui l’avaient supposé, était fermée. Cependant, le marin put constater que les barres extérieures n’avaient pas été mises.

On en pouvait donc conclure que les convicts occupaient alors le corral, et que, vraisemblablement, ils avaient assujetti la porte, de manière qu’on ne pût la forcer.

Gédéon Spilett et Pencroff prêtèrent l’oreille.

Nul bruit à l’intérieur de l’enceinte. Les mouflons et les chèvres, endormis sans doute dans leurs étables, ne troublaient aucunement le calme de la nuit.

Le reporter et le marin, n’entendant rien, se demandèrent s’ils devaient esca-