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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/507

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le secret de l'île.

Une dernière fois il regarda ses champs dévastés, la fumée qui s’élevait encore des ruines, puis il revint à Granite-house.

Les jours qui suivirent furent les plus tristes que les colons eussent jusqu’alors passés dans l’île ! La faiblesse d’Harbert s’accroissait visiblement. Il semblait qu’une maladie plus grave, conséquence du profond trouble physiologique qu’il avait subi, menaçât de se déclarer, et Gédéon Spilett pressentait une telle aggravation dans son état, qu’il serait impuissant à la combattre !

En effet, Harbert demeurait dans une sorte d’assoupissement presque continu, et quelques symptômes de délire commencèrent à se manifester. Des tisanes rafraîchissantes, voilà les seuls remèdes qui fussent à la disposition des colons. La fièvre n’était pas encore très-forte, mais bientôt elle parut vouloir s’établir par accès réguliers.

Gédéon Spilett le reconnut le 6 décembre. Le pauvre enfant, dont les doigts, le nez, les oreilles devinrent extrêmement pâles, fut d’abord pris de frissons légers, d’horripilations, de tremblements. Son pouls était petit et irrégulier, sa peau sèche, sa soif intense. À cette période succéda bientôt une période de chaleur ; le visage s’anima, la peau rougit, le pouls s’accéléra ; puis une sueur abondante se manifesta, à la suite de laquelle la fièvre parut diminuer. L’accès avait duré cinq heures environ.

Gédéon Spilett n’avait pas quitté Harbert, qui était pris maintenant d’une fièvre intermittente, ce n’était que trop certain, et cette fièvre, il fallait à tout prix la couper avant qu’elle devînt plus grave.

« Et pour la couper, dit Gédéon Spilett à Cyrus Smith, il faut un fébrifuge.

— Un fébrifuge !… répondit l’ingénieur. Nous n’avons ni quinquina, ni sulfate de quinine !

— Non, dit Gédéon Spilett, mais il y a des saules sur le bord du lac, et l’écorce de saule peut quelquefois remplacer la quinine.

— Essayons donc sans perdre un instant ! » répondit Cyrus Smith.

L’écorce de saule, en effet, a été justement considérée comme un succédané du quinquina, aussi bien que le marronnier de l’Inde, la feuille de houx, la serpentaire, etc. Il fallait évidemment essayer de cette substance, bien qu’elle ne valût pas le quinquina, et l’employer à l’état naturel, puisque les moyens manquaient pour en extraire l’alcaloïde, c’est-à-dire le salicine.

Cyrus Smith alla lui-même couper sur le tronc d’une espèce de saule noir quelques morceaux d’écorce ; il les rapporta à Granite-house, il les réduisit en poudre, et cette poudre fut administrée le soir même à Harbert.

La nuit se passa sans incidents graves. Harbert eut quelque délire, mais