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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/50

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l'île mystérieuse.

Les chasseurs se redressèrent alors, et, avec leurs bâtons manœuvrés comme une faux, ils rasèrent des files entières de ces couroucous, qui ne songeaient point à s’envoler et se laissèrent stupidement abattre. Une centaine jonchait déjà le sol, quand les autres se décidèrent à fuir.

« Bien, dit Pencroff, voilà un gibier tout à fait à la portée de chasseurs tels que nous ! On le prendrait à la main ! »

Le marin enfila les couroucous, comme des mauviettes, au moyen d’une baguette flexible, et l’exploration continua. On put observer que le cours d’eau s’arrondissait légèrement, de manière à former un crochet vers le sud, mais ce détour ne se prolongeait vraisemblablement pas, car la rivière devait prendre sa source dans la montagne et s’alimenter de la fonte des neiges qui tapissaient les flancs du cône central.

L’objet particulier de cette excursion était, on le sait, de procurer aux hôtes des Cheminées la plus grande quantité possible de gibier. On ne pouvait dire que le but jusqu’ici eût été atteint. Aussi le marin poursuivait-il activement ses recherches, et maugréait-il quand quelque animal, qu’il n’avait pas même le temps de reconnaître, s’enfuyait entre les hautes herbes. Si encore il avait eu le chien Top ! Mais Top avait disparu en même temps que son maître et probablement péri avec lui !

Vers trois heures après midi, de nouvelles bandes d’oiseaux furent entrevues à travers certains arbres, dont ils becquetaient les baies aromatiques, entre autres des genévriers. Soudain, un véritable appel de trompette résonna dans la forêt. Ces étranges et sonores fanfares étaient produites par ces gallinacés que l’on nomme « tétras » aux États-Unis. Bientôt on en vit quelques couples, au plumage varié de fauve et de brun, et à la queue brune. Harbert reconnut les mâles aux deux ailerons pointus, formés par les pennes relevées de leur cou. Pencroff jugea indispensable de s’emparer de l’un de ces gallinacés, gros comme une poule, et dont la chair vaut celle de la gélinotte. Mais c’était difficile, car ils ne se laissaient point approcher. Après plusieurs tentatives infructueuses, qui n’eurent d’autre résultat que d’effrayer les tétras, le marin dit au jeune garçon :

« Décidément, puisqu’on ne peut les tuer au vol, il faut essayer de les prendre à la ligne.

— Comme une carpe ? s’écria Harbert, très-surpris de la proposition.

— Comme une carpe, » répondit sérieusement le marin.

Pencroff avait trouvé dans les herbes une demi-douzaine de nids de tétras, ayant chacun de deux à trois œufs. Il eut grand soin de ne pas toucher à ces nids,