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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/490

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l'île mystérieuse.

bois du Far-West, ils avaient atteint l’embouchure de la rivière de la Chute. Une fois à ce point, en remontant la rive droite du cours d’eau, ils étaient arrivés aux contreforts du mont Franklin, entre lesquels il était naturel qu’ils cherchassent quelque retraite, et ils n’avaient pu tarder à découvrir le corral, alors inhabité. Là, ils s’étaient vraisemblablement installés en attendant le moment de mettre à exécution leurs abominables projets. L’arrivée d’Ayrton les avait surpris, mais ils étaient parvenus à s’emparer du malheureux, et… la suite se devinait aisément !

Maintenant, les convicts — réduits à cinq, il est vrai, mais bien armés — rôdaient dans les bois, et s’y aventurer, c’était s’exposer à leurs coups, sans qu’il y eût possibilité ni de les parer, ni de les prévenir.

« Attendre ! Il n’y a pas autre chose à faire ! répétait Cyrus Smith. Lorsque Harbert sera guéri, nous pourrons organiser une battue générale de l’île et avoir raison de ces convicts. Ce sera l’objet de notre grande expédition, en même temps…

— Que la recherche de notre protecteur mystérieux, ajouta Gédéon Spilett, en achevant la phrase de l’ingénieur. Ah ! Il faut avouer, mon cher Cyrus, que, cette fois, sa protection nous a fait défaut, et au moment même où elle nous eût été le plus nécessaire !

— Qui sait ! répondit l’ingénieur.

— Que voulez-vous dire ? demanda le reporter.

— Que nous ne sommes pas au bout de nos peines, mon cher Spilett, et que la puissante intervention aura peut-être encore l’occasion de s’exercer. Mais il ne s’agit pas de cela. La vie d’Harbert avant tout. »

C’était la plus douloureuse préoccupation des colons. Quelques jours se passèrent, et l’état du pauvre garçon n’avait heureusement pas empiré. Or, du temps gagné sur la maladie, c’était beaucoup. L’eau froide, toujours maintenue à la température convenable, avait absolument empêché l’inflammation des plaies. Il sembla même au reporter que cette eau, un peu sulfureuse, — ce qu’expliquait le voisinage du volcan, — avait une action plus directe sur la cicatrisation. La suppuration était beaucoup moins abondante, et, grâce aux soins incessants dont il était entouré, Harbert revenait à la vie, et sa fièvre tendait à baisser. Il était, d’ailleurs, soumis à une diète sévère, et, par conséquent, sa faiblesse était et devait être extrême ; mais les tisanes ne lui manquaient pas, et le repos absolu lui faisait le plus grand bien.

Cyrus Smith, Gédéon Spilett et Pencroff étaient devenus très-habiles à panser le jeune blessé. Tout le linge de l’habitation avait été sacrifié. Les plaies d’Har-