Ouvrir le menu principal

Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/483

Cette page a été validée par deux contributeurs.
483
le secret de l'île.

Harbert était placé sur le côté gauche, et il fut maintenu dans cette position.

« Il ne faut pas qu’il remue, dit Gédéon Spilett. Il est dans la position la plus favorable pour que les plaies du dos et de la poitrine puissent suppurer à l’aise, et un repos absolu est nécessaire.

— Quoi ! Nous ne pouvons le transporter à Granite-house ? demanda Pencroff.

— Non, Pencroff, répondit le reporter.

— Malédiction ! s’écria le marin, dont le poing se tourna vers le ciel.

— Pencroff ! » dit Cyrus Smith.

Gédéon Spilett s’était remis à examiner l’enfant blessé avec une extrême attention. Harbert était toujours si affreusement pâle que le reporter se sentit troublé.

« Cyrus, dit-il, je ne suis pas médecin… je suis dans une perplexité terrible… il faut que vous m’aidiez de vos conseils, de votre expérience !…

— Reprenez votre calme… mon ami, répondit l’ingénieur, en serrant la main du reporter… jugez avec sang-froid… ne pensez qu’à ceci : il faut sauver Harbert ! »

Ces paroles rendirent à Gédéon Spilett cette possession de lui-même, que, dans un instant de découragement, le vif sentiment de sa responsabilité lui avait fait perdre. Il s’assit près du lit. Cyrus Smith se tint debout. Pencroff avait déchiré sa chemise, et, machinalement, il faisait de la charpie.

Gédéon Spilett expliqua alors à Cyrus Smith qu’il croyait devoir, avant tout, arrêter l’hémorragie, mais non pas fermer les deux plaies, ni provoquer leur cicatrisation immédiate, parce qu’il y avait eu perforation intérieure et qu’il ne fallait pas laisser la suppuration s’accumuler dans la poitrine.

Cyrus Smith l’approuva complétement, et il fut décidé qu’on panserait les deux plaies sans essayer de les fermer par une coaptation immédiate. Fort heureusement, il ne sembla pas qu’elles eussent besoin d’être débridées.

Et maintenant, pour réagir contre l’inflammation qui surviendrait, les colons possédaient-ils un agent efficace ?

Oui ! Ils en avaient un, car la nature l’a généreusement prodigué. Ils avaient l’eau froide, c’est-à-dire le sédatif le plus puissant dont on puisse se servir contre l’inflammation des plaies, l’agent thérapeutique le plus efficace dans les cas graves, et qui, maintenant, est adopté de tous les médecins. L’eau froide a, de plus, l’avantage de laisser la plaie dans un repos absolu et de la préserver de tout pansement prématuré, avantage considérable, puisqu’il est démontré par l’expérience que le contact de l’air est funeste pendant les premiers jours.