Ouvrir le menu principal

Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/478

Cette page a été validée par deux contributeurs.
478
l'île mystérieuse.

Ses compagnons pressèrent le pas et arrivèrent à l’endroit où le jeune garçon s’était arrêté.

Là, le poteau renversé se trouvait en travers de la route. La solution de continuité du fil était donc constatée, et il était évident que les dépêches de Granite-house n’avaient pu être reçues au corral, ni celles du corral à Granite-house.

« Ce n’est pas le vent qui a renversé ce poteau, fit observer Pencroff.

— Non, répondit Gédéon Spilett. La terre a été creusée à son pied, et il a été déraciné de main d’homme.

— En outre, le fil est brisé, ajouta Harbert, en montrant les deux bouts du fil de fer, qui avait été violemment rompu.

— La cassure est-elle fraîche ? demanda Cyrus Smith.

— Oui, répondit Harbert, et il y a certainement peu de temps que la rupture a été produite.

— Au corral ! Au corral ! » s’écria le marin.

Les colons se trouvaient alors à mi-chemin de Granite-house et du corral. Il leur restait donc encore deux milles et demi à franchir. Ils prirent le pas de course.

En effet, on devait craindre que quelque grave événement ne se fût accompli au corral. Sans doute, Ayrton avait pu envoyer un télégramme qui n’était pas arrivé, et ce n’était pas là la raison qui devait inquiéter ses compagnons, mas, circonstance plus inexplicable, Ayrton, qui avait promis de revenir la veille au soir, n’avait pas reparu. Enfin, ce n’était pas sans motif que toute communication avait été interrompue entre le corral et Granite-house, et quels autres que les convicts avaient intérêt à interrompre cette communication ?

Les colons couraient donc, le cœur serré par l’émotion. Ils s’étaient sincèrement attachés à leur nouveau compagnon. Allaient-ils le trouver frappé de la main même de ceux dont il avait été autrefois le chef ?

Bientôt ils arrivèrent à l’endroit où la route longeait ce petit ruisseau dérivé du creek Rouge, qui irriguait les prairies du corral. Ils avaient alors modéré leur pas, afin de ne pas se trouver essoufflés au moment où la lutte allait peut-être devenir nécessaire. Les fusils n’étaient plus au cran de repos, mais armés. Chacun surveillait un côté de la forêt. Top faisait entendre quelques sourds grognements qui n’étaient pas de bon augure.

Enfin, l’enceinte palissadée apparut à travers les arbres. On n’y voyait aucune trace de dégâts. La porte en était fermée comme à l’ordinaire. Un silence profond régnait dans le corral. Ni les bêlements accoutumés des mouflons, ni la voix d’Ayrton ne se faisaient entendre.