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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/460

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l'île mystérieuse.

Huit jours après la catastrophe, ou plutôt après l’heureux mais inexplicable dénouement auquel la colonie devait son salut, on ne voyait plus rien du navire, même à mer basse. Ses débris avaient été dispersés, et Granite-house était riche de presque tout ce qu’il avait contenu.

Cependant, le mystère qui cachait son étrange destruction n’eût jamais été éclairci, sans doute, si, le 30 novembre, Nab, rôdant sur la grève, n’eût trouvé un morceau d’un épais cylindre de fer, qui portait des traces d’explosion. Ce cylindre était tordu et déchiré sur ses arêtes, comme s’il eût été soumis à l’action d’une substance explosive.

Nab apporta ce morceau de métal à son maître, qui était alors occupé avec ses compagnons à l’atelier des Cheminées.

Cyrus Smith examina attentivement ce cylindre, puis, se tournant vers Pencroff :

« Vous persistez, mon ami, lui dit-il, à soutenir que le Speedy n’a pas péri par suite d’un choc ?

— Oui, monsieur Cyrus, répondit le marin. Vous savez aussi bien que moi qu’il n’y a pas de roches dans le canal.

— Mais s’il avait heurté ce morceau de fer ? dit l’ingénieur en montrant le cylindre brisé.

— Quoi, ce bout de tuyau ? s’écria Pencroff d’un ton d’incrédulité complète.

— Mes amis, reprit Cyrus Smith, vous rappelez-vous qu’avant de sombrer, le brick s’est élevé au sommet d’une véritable trombe d’eau ?

— Oui, monsieur Cyrus ! répondit Harbert.

— Eh bien, voulez-vous savoir ce qui avait soulevé cette trombe ? C’est ceci, dit l’ingénieur en montrant le tube brisé.

— Ceci ? répliqua Pencroff.

— Oui ! ce cylindre est tout ce qui reste d’une torpille !

— Une torpille ! s’écrièrent les compagnons de l’ingénieur.

— Et qui l’avait mise là, cette torpille ? demanda Pencroff, qui ne voulait pas se rendre.

— Tout ce que je puis vous dire, c’est que ce n’est pas moi ! répondit Cyrus Smith, mais elle y était, et vous avez pu juger de son incomparable puissance ! »