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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/411

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l'abandonné.

« Ouf ! » fit Nab, en poussant un soupir de satisfaction.

On eût vraiment dit que le brave nègre ne se sentait pas à l’aise dans cette énorme mâchoire !

Du cap Mandibule à l’embouchure de la Mercy, on ne comptait guère qu’une huitaine de milles. Le cap fut donc mis sur Granite-house, et le Bonadventure, avec du largue dans ses voiles, prolongea la côte à un mille de distance. Aux énormes roches laviques succédèrent bientôt ces dunes capricieuses, entre lesquelles l’ingénieur avait été si singulièrement retrouvé, et que les oiseaux de mer fréquentaient par centaines.

Vers quatre heures, Pencroff, laissant sur sa gauche la pointe de l’îlot, entrait dans le canal qui le séparait de la côte, et, à cinq heures, l’ancre du Bonadventure mordait le fond de sable à l’embouchure de la Mercy.

Il y avait trois jours que les colons avaient quitté leur demeure. Ayrton les attendait sur la grève, et maître Jup vint joyeusement au-devant d’eux, en faisant entendre de bons grognements de satisfaction.

L’entière exploration des côtes de l’île était donc faite, et nulle trace suspecte n’avait été observée. Si quelque être mystérieux y résidait, ce ne pouvait être que sous le couvert des bois impénétrables de la presqu’île Serpentine, là où les colons n’avaient encore porté leurs investigations.

Gédéon Spilett s’entretint de ces choses avec l’ingénieur, et il fut convenu qu’ils attireraient l’attention de leurs compagnons sur le caractère étrange de certains incidents qui s’étaient produits dans l’île, et dont le dernier était l’un des plus inexplicables.

Aussi Cyrus Smith, revenant sur ce fait d’un feu allumé par une main inconnue sur le littoral, ne put s’empêcher de redire une vingtième fois au reporter :

« Mais êtes-vous sûr d’avoir bien vu ? N’était-ce pas une éruption partielle du volcan, un météore quelconque ?

— Non, Cyrus, répondit le reporter, c’était certainement un feu allumé de main d’homme. Du reste, interrogez Pencroff et Harbert. Ils ont vu comme j’ai vu moi-même, et ils confirmeront mes paroles. »

Il s’ensuivit donc que, quelques jours après, le 25 avril, pendant la soirée, au moment où tous les colons étaient réunis sur le plateau de Grande-Vue, Cyrus Smith prit la parole en disant :

« Mes amis, je crois devoir appeler votre attention sur certains faits qui se sont passés dans l’île, et au sujet desquels je serais bien aise d’avoir votre avis. Ces faits sont pour ainsi dire surnaturels…