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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/342

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l'île mystérieuse.

ment, s’étendait jusqu’aux limites du ciel. Il n’y avait pas une terre, pas une voile en vue !

Cet îlot, boisé sur toute sa surface, n’offrait pas cette diversité d’aspect de l’île Lincoln, aride et sauvage sur une partie, mais fertile et riche sur l’autre. Ici, c’était une masse uniforme de verdure, que dominaient deux ou trois collines peu élevées. Obliquement à l’ovale de l’îlot, un ruisseau coulait à travers une large prairie et allait se jeter à la mer sur la côte occidentale par une étroite embouchure.

« Le domaine est restreint, dit Harbert.

— Oui, répondit Pencroff, c’eût été un peu petit pour nous !

— Et de plus, répondit le reporter, il semble inhabité.

— En effet, répondit Harbert, rien n’y décèle la présence de l’homme.

— Descendons, dit Pencroff, et cherchons. »

Le marin et ses deux compagnons revinrent au rivage, à l’endroit où ils avaient laissé le Bonadventure. Ils avaient décidé de faire à pied le tour de l’îlot, avant de s’aventurer à l’intérieur, de telle façon que pas un point n’échappât à leurs investigations.

La grève était facile à suivre, et, en quelques endroits seulement, de grosses roches la coupaient, que l’on pouvait facilement tourner. Les explorateurs descendirent vers le sud, en faisant fuir de nombreuses bandes d’oiseaux aquatiques et des troupeaux de phoques qui se jetaient à la mer du plus loin qu’ils les apercevaient.

« Ces bêtes-là, fit observer le reporter, n’en sont pas à voir des hommes pour la première fois. Ils les craignent, donc ils les connaissent. »

Une heure après leur départ, tous trois étaient arrivés à la pointe sud de l’îlot, terminée par un cap aigu, et ils remontèrent vers le nord en longeant la côte occidentale, également formée de sable et de roches, que d’épais bois bordaient en arrière-plan.

Nulle part il n’y avait trace d’habitation, nulle part l’empreinte d’un pied humain, sur tout ce périmètre de l’îlot, qui, après quatre heures de marche, fut entièrement parcouru.

C’était au moins fort extraordinaire, et on devait croire que l’île Tabor n’était pas ou n’était plus habitée. Peut-être, après tout, le document avait-il plusieurs mois ou plusieurs années de date déjà, et il était possible, dans ce cas, ou que le naufragé eût été rapatrié, ou qu’il fût mort de misère.

Pencroff, Gédéon Spilett et Harbert, formant des hypothèses plus ou moins