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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/298

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l'île mystérieuse.

en attendant notre récolte de froment. À l’ouvrage, et fasse le ciel que tu ne te sois pas trompé ! »

Harbert ne s’était pas trompé. Il brisa la tige d’un cycas, qui était composée d’un tissu glandulaire et renfermait une certaine quantité de mœlle farineuse, traversée de faisceaux ligneux, séparés par des anneaux de même substance disposés concentriquement. À cette fécule se mêlait un suc mucilagineux d’une saveur désagréable, mais qu’il serait facile de chasser par la pression. Cette substance cellulaire formait une véritable farine de qualité supérieure, extrêmement nourrissante, et dont, autrefois, les lois japonaises défendaient l’exportation.

Cyrus Smith et Harbert, après avoir bien étudié la portion du Far-West où poussaient ces cycas, prirent des points de repère et revinrent à Granite-house, où ils firent connaître leur découverte.

Le lendemain, les colons allaient à la récolte, et Pencroff, de plus en plus enthousiaste de son île, disait à l’ingénieur :

« Monsieur Cyrus, croyez-vous qu’il y ait des îles à naufragés ?

— Qu’entendez-vous par là, Pencroff ?

— Eh bien, j’entends des îles créées spécialement pour qu’on y fasse convenablement naufrage, et sur lesquelles de pauvres diables puissent toujours se tirer d’affaire !

— Cela est possible, répondit en souriant l’ingénieur.

— Cela est certain, monsieur, répondit Pencroff, et il est non moins certain que l’île Lincoln en est une ! »

On revint à Granite-house avec une ample moisson de tiges de cycas. L’ingénieur établit une presse afin d’extraire le suc mucilagineux mêlé à la fécule, et il obtint une notable quantité de farine qui, sous la main de Nab, se transforma en gâteaux et en puddings. Ce n’était pas encore le vrai pain de froment, mais on y touchait presque.

À cette époque aussi, l’onagga, les chèvres et les brebis du corral fournirent quotidiennement le lait nécessaire à la colonie. Aussi le chariot, ou plutôt une sorte de carriole légère qui l’avait remplacé, faisait-elle de fréquents voyages au corral, et quand c’était à Pencroff de faire sa tournée, il emmenait Jup et le faisait conduire, ce dont Jup, faisant claquer son fouet, s’acquittait avec son intelligence habituelle.

Tout prospérait donc, aussi bien au corral qu’à Granite-house, et véritablement les colons, si ce n’est qu’ils étaient loin de leur patrie, n’avaient point à se plaindre. Ils étaient si bien faits à cette vie, d’ailleurs, si accoutumés à cette île, qu’ils n’eussent pas quitté sans regret son sol hospitalier !