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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/295

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l'abandonné.

poudre, composèrent la substance, qui fut déposée dans les creusets en terre réfractaire. Lorsque la température élevée du four l’eut réduite à l’état liquide ou plutôt à l’état pâteux, Cyrus Smith « cueillit » avec la canne une certaine quantité de cette pâte ; il la tourna et la retourna sur une plaque de métal préalablement disposée, de manière à lui donner la forme convenable pour le soufflage ; puis il passa la canne à Harbert en lui disant de souffler par l’autre extrémité.

« Comme pour faire des bulles de savon ? demanda le jeune garçon.

— Exactement, » répondit l’ingénieur.

Et Harbert, gonflant ses joues, souffla tant et si bien dans la canne, en ayant soin de la tourner sans cesse, que son souffle dilata la masse vitreuse. D’autres quantités de substance en fusion furent ajoutées à la première, et il en résulta bientôt une bulle qui mesurait un pied de diamètre. Alors Cyrus Smith reprit la canne des mains d’Harbert, et, lui imprimant un mouvement de pendule, il finit par allonger la bulle malléable, de manière à lui donner une forme cylindro-conique.

L’opération du soufflage avait donc donné un cylindre de verre terminé par deux calottes hémisphériques, qui furent facilement détachées au moyen d’un fer tranchant mouillé d’eau froide ; puis, par le même procédé, ce cylindre fut fendu dans sa longueur, et, après avoir été rendu malléable par une seconde chauffe, il fut étendu sur une plaque et plané au moyen d’un rouleau de bois.

La première vitre était donc fabriquée, et il suffisait de recommencer cinquante fois l’opération pour avoir cinquante vitres. Aussi les fenêtres de Granite-house furent-elles bientôt garnies de plaques diaphanes, pas très-blanches peut-être, mais suffisamment transparentes.

Quant à la gobeletterie, verres et bouteilles, ce ne fut qu’un jeu. On les acceptait, d’ailleurs, tels qu’ils venaient au bout de la canne. Pencroff avait demandé la faveur de « souffler » à son tour, et c’était un plaisir pour lui, mais il soufflait si fort que ses produits affectaient les formes les plus réjouissantes, qui faisaient son admiration.

Pendant une des excursions qui furent faites à cette époque, un nouvel arbre fut découvert, dont les produits vinrent encore accroître les ressources alimentaires de la colonie.

Cyrus Smith et Harbert, tout en chassant, s’étaient aventurés un jour dans la forêt du Far-West, sur la gauche de la Mercy, et, comme toujours, le jeune garçon faisait mille questions à l’ingénieur, auxquelles celui-ci répondait de grand cœur. Mais il en est de la chasse comme de toute occupation ici-bas, et quand on n’y met pas le zèle voulu, il y a bien des raisons pour ne point réussir.