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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/242

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l'île mystérieuse.

— Ne vaut-il pas mieux attendre que nous l’ayons reconnu jusqu’à son embouchure ? fit observer Harbert.

— Soit, répondit Cyrus Smith. Suivons-le donc sans nous arrêter.

— Un instant encore ! dit Pencroff.

— Qu’y a-t-il ? demanda le reporter.

— Si la chasse est défendue, la pêche est permise, je suppose, dit le marin.

— Nous n’avons pas de temps à perdre, répondit l’ingénieur.

— Oh ! cinq minutes ! répliqua Pencroff. Je ne vous demande que cinq minutes dans l’intérêt de notre déjeuner ! »

Et Pencroff, se couchant sur la berge, plongea ses bras dans les eaux vives et fit bientôt sauter quelques douzaines de belles écrevisses qui fourmillaient entre les roches.

« Voilà qui sera bon ! s’écria Nab, en venant en aide au marin.

— Quand je vous dis qu’excepté du tabac, il y a de tout dans cette île ! » murmura Pencroff avec un soupir.

Il ne fallut pas cinq minutes pour faire une pêche miraculeuse, car les écrevisses pullulaient dans le creek. De ces crustacés, dont le test présentait une couleur bleu cobalt, et qui portaient un rostre armé d’une petite dent, on remplit un sac, et la route fut reprise.

Depuis qu’ils suivaient la berge de ce nouveau cours d’eau, les colons marchaient plus facilement et plus rapidement. D’ailleurs, les rives étaient vierges de toute empreinte humaine. De temps en temps, on relevait quelques traces laissées par des animaux de grande taille, qui venaient habituellement se désaltérer à ce ruisseau, mais rien de plus, et ce n’était pas encore dans cette partie du Far-West que le pécari avait reçu le grain de plomb qui coûtait une mâchelière à Pencroff.

Cependant, en considérant ce rapide courant qui fuyait vers la mer, Cyrus Smith fut amené à supposer que ses compagnons et lui étaient beaucoup plus loin de la côte occidentale qu’ils ne le croyaient. Et, en effet, à cette heure, la marée montait sur le littoral et aurait dû rebrousser le cours du creek, si son embouchure n’eût été qu’à quelques milles seulement. Or, cet effet ne se produisait pas, et le fil de l’eau suivait la pente naturelle du lit. L’ingénieur dut donc être très-étonné, et il consulta fréquemment sa boussole, afin de s’assurer que quelque crochet de la rivière ne le ramenait pas à l’intérieur du Far-West.

Cependant, le creek s’élargissait peu à peu, et ses eaux devenaient moins tumultueuses. Les arbres de sa rive droite étaient aussi pressés que ceux de sa