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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/231

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l'abandonné.

précédés de Top, battaient la rive. Sans compter le gibier, il pouvait se rencontrer quelque utile plante qu’il ne fallait point dédaigner, et le jeune naturaliste fut servi à souhait, car il découvrit une sorte d’épinards sauvages de la famille des chenopodées et de nombreux échantillons de crucifères, appartenant au genre chou, qu’il serait certainement possible de « civiliser » par la transplantation ; c’étaient du cresson, du raifort, des raves et enfin de petites tiges rameuses, légèrement velues, hautes d’un mètre, qui produisaient des graines presque brunes.

« Sais-tu ce que c’est que cette plante-là ? demanda Harbert au marin.

— Du tabac ! s’écria Pencroff, qui, évidemment, n’avait jamais vu sa plante de prédilection que dans le fourneau de sa pipe.

— Non ! Pencroff ! répondit Harbert, ce n’est pas du tabac, c’est de la moutarde.

— Va pour la moutarde ! répondit le marin, mais si, par hasard, un plant de tabac se présentait, mon garçon, veuillez ne point le dédaigner.

— Nous en trouverons un jour ! dit Gédéon Spilett.

— Vrai ! s’écria Pencroff. Eh bien, ce jour-là, je ne sais vraiment plus ce qui manquera à notre île ! »

Ces diverses plantes, qui avaient été déracinées avec soin, furent transportées dans la pirogue, que ne quittait pas Cyrus Smith, toujours absorbé dans ses réflexions.

Le reporter, Harbert et Pencroff débarquèrent ainsi plusieurs fois, tantôt sur la rive droite de la Mercy, tantôt sur sa rive gauche. Celle-ci était moins abrupte, mais celle-là plus boisée. L’ingénieur put reconnaître, en consultant sa boussole de poche, que la direction de la rivière depuis le premier coude était sensiblement sud-ouest et nord-est, et presque rectiligne sur une longueur de trois milles environ. Mais il était supposable que cette direction se modifiait plus loin et que la Mercy remontait au nord-ouest, vers les contreforts du mont Franklin, qui devaient l’alimenter de leurs eaux.

Pendant une de ces excursions, Gédéon Spilett parvint à s’emparer de deux couples de gallinacés vivants. C’étaient des volatiles à becs longs et grêles, à cous allongés, courts d’ailes et sans apparence de queue. Harbert leur donna, avec raison, le nom de « tinamous », et il fut résolu qu’on en ferait les premiers hôtes de la future basse-cour.

Mais jusqu’alors les fusils n’avaient point parlé, et la première détonation qui retentit dans cette forêt du Far-West fut provoquée par l’apparition d’un bel oiseau qui ressemblait anatomiquement à un martin-pêcheur.