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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/170

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l'île mystérieuse.

— Et nous l’appellerons ?… demanda Harbert.

— Granite-house[1], » répondit Cyrus Smith, nom que ses compagnons saluèrent encore de leurs hurrahs.

En ce moment, les torches étaient presque entièrement consumées, et comme, pour revenir, il fallait regagner le sommet du plateau en remontant le couloir, il fut décidé que l’on remettrait au lendemain les travaux relatifs à l’aménagement de la nouvelle demeure.

Avant de partir, Cyrus Smith vint se pencher encore une fois au-dessus du puits sombre, qui s’enfonçait perpendiculairement jusqu’au niveau de la mer. Il écouta avec attention. Aucun bruit ne se produisit, pas même celui des eaux, que les ondulations de la houle devaient quelquefois agiter dans ces profondeurs. Une résine enflammée fut encore jetée. Les parois du puits s’éclairèrent un instant mais, pas plus cette fois que la première, il ne se révéla rien de suspect. Si quelque monstre marin avait été inopinément surpris par le retrait des eaux, il avait maintenant regagné le large par le conduit souterrain qui se prolongeait sous la grève, et que suivait le trop-plein du lac, avant qu’une nouvelle issue lui eût été offerte.

Cependant, l’ingénieur, immobile, l’oreille attentive, le regard plongé dans le gouffre, ne prononçait pas une seule parole.

Le marin s’approcha de lui, alors, et, le touchant au bras :

« Monsieur Smith ? dit-il.

— Que voulez-vous, mon ami ? répondit l’ingénieur, comme s’il fût revenu du pays des rêves.

— Les torches vont bientôt s’éteindre.

— En route ! » répondit Cyrus Smith.

La petite troupe quitta la caverne et commença son ascension à travers le sombre déversoir. Top fermait la marche, et faisait encore entendre de singuliers grognements. L’ascension fut assez pénible. Les colons s’arrêtèrent quelques instants à la grotte supérieure, qui formait comme une sorte de palier, à mi-hauteur de ce long escalier de granit. Puis ils recommencèrent à monter.

Bientôt un air plus frais se fit sentir. Les gouttelettes, séchées par l’évaporation, ne scintillaient plus sur les parois. La clarté fuligineuse des torches pâlissait. Celle que portait Nab s’éteignit, et, pour ne pas s’aventurer au milieu d’une obscurité profonde, il fallait se hâter.

  1. Palais de granit. Le mot house s’applique également aux palais et aux maisons. Tel Buckingham-house ou Mansion-house, à Londres.