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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/165

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les naufragés de l'air.

— Continuons, répondit Cyrus Smith, continuons notre exploration. Peut-être, plus bas, la nature nous aura-t-elle épargné ce travail.

— Nous ne sommes encore qu’au tiers de la hauteur, fit observer Harbert.

— Au tiers environ, répondit Cyrus Smith, car nous avons descendu une centaine de pieds depuis l’orifice, et il n’est pas impossible qu’à cent pieds plus bas…

— Où est donc Top ?… » demanda Nab en interrompant son maître.

On chercha dans la caverne. Le chien n’y était pas.

« Il aura probablement continué sa route, dit Pencroff.

— Rejoignons-le, » répondit Cyrus Smith.

La descente fut reprise. L’ingénieur observait avec soin les déviations que le déversoir subissait, et, malgré tant de détours, il se rendait assez facilement compte de sa direction générale, qui allait vers la mer.

Les colons s’étaient encore abaissés d’une cinquantaine de pieds suivant la perpendiculaire, quand leur attention fut attirée par des sons éloignés qui venaient des profondeurs du massif. Ils s’arrêtèrent et écoutèrent. Ces sons, portés à travers le couloir, comme la voix à travers un tuyau acoustique, arrivaient nettement à l’oreille.

« Ce sont les aboiements de Top ! s’écria Harbert.

— Oui, répondit Pencroff, et notre brave chien aboie même avec fureur !

— Nous avons nos épieux ferrés, dit Cyrus Smith. Tenons-nous sur nos gardes, et en avant !

— Cela est de plus en plus intéressant, » murmura Gédéon Spilett à l’oreille du marin, qui fit un signe affirmatif.

Cyrus Smith et ses compagnons se précipitèrent pour se porter au secours du chien. Les aboiements de Top devenaient de plus en plus perceptibles. On sentait dans sa voix saccadée une rage étrange. Était-il donc aux prises avec quelque animal dont il avait troublé la retraite ? On peut dire que, sans songer au danger auquel ils s’exposaient, les colons se sentaient maintenant pris d’une irrésistible curiosité. Ils ne descendaient plus le couloir, ils se laissaient pour ainsi dire glisser sur sa paroi, et, en quelques minutes, soixante pieds plus bas, ils eurent rejoint Top.

Là, le couloir aboutissait à une vaste et magnifique caverne. Là, Top, allant et venant, aboyait avec fureur. Pencroff et Nab, secouant leurs torches, jetèrent de grands éclats de lumière à toutes les aspérités du granit, et, en même temps, Cyrus Smith, Gédéon Spilett, Harbert, l’épieu dressé, se tinrent prêts à tout événement.