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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/148

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l'île mystérieuse.

Gédéon Spilett et Harbert saluèrent de leurs flèches. Un de ces volatiles fut même adroitement atteint par le jeune garçon, et tomba au milieu d’herbes marécageuses. Top se précipita vers lui, et rapporta un bel oiseau nageur, couleur d’ardoise, à bec court, à plaque frontale très-développée, aux doigts élargis par une bordure festonnée, aux ailes bordées d’un liséré blanc. C’était un « foulque », de la taille d’une grosse perdrix, appartenant à ce groupe des macrodactyles qui forme la transition entre l’ordre des échassiers et celui des palmipèdes. Triste gibier, en somme, et d’un goût qui devait laisser à désirer. Mais Top se montrerait sans doute moins difficile que ses maîtres, et il fut convenu que le foulque servirait à son souper.

Les colons suivaient alors la rive orientale du lac, et ils ne devaient pas tarder à atteindre la portion déjà reconnue. L’ingénieur était fort surpris, car il ne voyait aucun indice d’écoulement du trop-plein des eaux. Le reporter et le marin causaient avec lui, et il ne leur dissimulait point son étonnement.

En ce moment, Top, qui avait été fort calme jusqu’alors, donna des signes d’agitation. L’intelligent animal allait et venait sur la berge, s’arrêtait soudain, et regardait les eaux, une patte levée, comme s’il eût été en arrêt sur quelque gibier invisible ; puis, il aboyait avec fureur, en quêtant, pour ainsi dire, et se taisait subitement.

Ni Cyrus Smith, ni ses compagnons n’avaient d’abord fait attention à ce manège de Top ; mais les aboiements du chien devinrent bientôt si fréquents, que l’ingénieur s’en préoccupa.

« Qu’est-ce qu’il y a, Top ? » demanda-t-il.

Le chien fit plusieurs bonds vers son maître, en laissant voir une inquiétude véritable, et il s’élança de nouveau vers la berge. Puis, tout à coup, il se précipita dans le lac.

« Ici, Top ! cria Cyrus Smith, qui ne voulait pas laisser son chien s’aventurer sur ces eaux suspectes.

— Qu’est-ce qui se passe donc là-dessous ? demanda Pencroff en examinant la surface du lac.

— Top aura senti quelque amphibie, répondit Harbert.

— Un alligator, sans doute ? dit le reporter.

— Je ne le pense pas, répondit Cyrus Smith. Les alligators ne se rencontrent que dans les régions moins élevées en latitude. »

Cependant, Top était revenu à l’appel de son maître, et avait regagné la berge ; mais il ne pouvait rester en repos ; il sautait au milieu des grandes herbes, et, son instinct le guidant, il semblait suivre quelque être invisible qui