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moment la réaction bourgeoise, en France, en Allemagne, en Danemark, et dans le monde entier.


Il n’y eut pas de vote sur cette résolution, elle fut adoptée par acclamation.


Le jeudi soir eut lieu une seconde séance publique, dans laquelle le débat s’ouvrit sur la première question de l’ordre du jour : les pouvoirs du Conseil général. Je reproduis à peu près textuellement le compte-rendu de notre Bulletin (n°s 17-18) :


Herman, délégué des Sections de Liège, et membre lui-même du Conseil général, où il remplit l’emploi de secrétaire pour la Belgique, ouvre la discussion. Herman appartient à l’opposition. Les Sections qu’il représente sont d’avis, comme toutes les Sections belges en général, que le Conseil général ne doit pas être un centre politique imposant une doctrine quelconque et prétendant diriger l’Association. Il doit être formé autrement qu’il ne l’a été jusqu’à ce jour, chaque pays pouvant y nommer des représentants, sans qu’il puisse s’adjoindre aucun membre étranger. Le but poursuivi par l’Internationale, c’est l’organisation des forces ouvrières dans la lutte contre le capital, avec cet objectif suprême, l’abolition du salariat et du prolétariat. Chaque pays doit être libre de rechercher les moyens d’action qui lui conviennent le mieux dans cette lutte. Quant à lui, son mandat est formel : il demande que le Congrès établisse des conditions telles que le Conseil général ne puisse plus imposer aucune direction à l’Association.

Lafargue répond à Herman. Il parle de ses mandats de Lisbonne et de Madrid, et des instructions qu’ils renferment (instructions écrites sous la dictée de M. Lafargue lui-même). Les attributions du Conseil général doivent être maintenues : c’est par lui que l’Internationale existe ; si on le supprimait l’Internationale périrait. Il dira du Conseil général ce que Voltaire disait de Dieu : que s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer.

James Guillaume, délégué jurassien, expose l’opinion de sa Fédération. Il y a actuellement dans l’Association internationale, dit-il, deux grands courants d’idées. Les uns la considèrent comme la création permanente d’un groupe d’hommes possédant une certaine doctrine sociale dont l’application doit émanciper le travail ; ces hommes propagent partout leur doctrine, et cherchent à empêcher toute propagande contraire. On pense que c’est grâce à ce groupe, qui maintient une sorte d’orthodoxie, et à cause d’elle, que l’Internationale existe. D’autres, au contraire, croient que l’Internationale ne résulte pas de l’action d’un groupe quelconque d’hommes, mais bien des conditions économiques de chaque contrée. La situation analogue des travailleurs, dans les divers pays, produit une identité de sentiments, d’aspirations et d’intérêts qui, spontanément, donne naissance à l’Internationale. Ce n’est pas une conception sortie d’un cerveau quelconque, mais la résultante nécessaire des faits économiques.

Les membres de notre Fédération ont contribué, à Bâle, à faire remettre aux mains du Conseil général les pouvoirs dont nous réclamons aujourd’hui l’abolition. C’est instruits par l’expérience, c’est parce que nous avons eu à souffrir des abus d’autorité du Conseil général, que nous avons été peu à peu amenés à examiner si les attributions lui avaient été confiées ne constituaient pas un danger. Le