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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/669

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naux qu’il représentait ; les Belges et les Jurassiens, de leur côté, proposèrent que le vote se fît, non par tête, mais par fédération. Ces propositions furent repoussées par la majorité, qui se voyait perdue si elles étaient admises. En présence de cette décision, les Espagnols et les Jurassiens déclarèrent qu’ils ne prendraient part à aucun vote, et qu’ils ne considéraient le Congrès que comme une simple comédie ; mais ils annoncèrent en même temps qu’ils étaient décidés à y assister jusqu’à la fin, pour protester contre les agissements de la majorité.

L’ordre du jour du Congrès fut ainsi fixé : 1° Discussion sur les pouvoirs du Conseil général ; 2° discussion sur la proposition d’intercaler dans les Statuts généraux la résolution IX de la Conférence de Londres relative à l’action politique du prolétariat ; 3° diverses mesures administratives, comme l’élection du Conseil général, le choix du lieu du prochain Congrès, la vérification des comptes du Conseil général, les rapports de diverses commissions, etc.

Sur la proposition du Conseil général, une Commission de cinq membres fut nommée, le mercredi soir, pour s’occuper d’une enquête sur la société l’Alliance, et présenter un rapport au Congrès. Ces cinq membres furent : Cuno, Allemand ; Lucain (pseudonyme), Vichard, et Walter [Van beddeghem], Français ; et Koch Splingard, Belge : ce dernier représentait seul la minorité dans la Commission. Cette même commission reçut le mandat de faire une enquête sur les manœuvres du Conseil général et ses violations des statuts, qui avaient été dénoncées par les Fédérations espagnole et jurassienne. Ce fut Cuno qui fut président de la Commission. Ce Cuno était un personnage à la cervelle un peu détraquée, qui avait passé quelque tenps à Milan, où il avait fait partie de la Section de l’Internationale, sous le pseudonyme de Capestro ; il avait été expulsé de cette ville par la police italienne en février 1872 ; « il donna la mesure de son discernement en provoquant le jeudi, en séance publique, un fonctionnaire allemand auquel il dut faire des excuses publiques le vendredi [1] » (Bulletin).

Ces préliminaires terminés, le Congrès put enfin tenir une séance publique, le jeudi après-midi 5 septembre. Jusqu’alors tout s’était passé dans des séances privées, auxquelles les délégués étaient seuls admis ; aussi notre ami Cafiero, qui ne pouvait pénétrer dans ces réunions closes, rongeait-il son frein et trouvait-il le temps bien long : il regretta plus d’une fois, j’en suis sûr, la décision de Rimini qui l’obligeait à rester à la porte de la salle pendant les séances administratives.


Dans cette première séance publique, à laquelle assistèrent beaucoup de bourgeois curieux, indifférents ou hostiles, et quelques ouvriers de la Haye, le Conseil général présenta en anglais (Sexton), en français (Longuet), et en allemand (Marx), avec une traduction en hollandais (Dave), un rapport sur les événements politiques survenus en Europe pendant les trois années qui s’étaient écoulées depuis le Congrès de Bâle. La lecture du rapport achevée, les délégués de la Fédération jurassienne proposèrent l’adoption de la résolution suivante, que j’avais rédigée :


Le Congrès de l’Association internationale des travailleurs, réuni à la Haye, exprime, au nom du prolétariat universel, son admiration pour les héroïques champions de la cause de l’émancipation du travail, tombés victime de leur dévouement, et envoie un salut fraternel et sympathique à tous ceux que persécute en ce

  1. Ce fonctionnaire, appelé Rodolphe Schramm, avait été consul à Milan, et se trouvait par hasard dans le public qui assistait à la séance du 4 septembre ; Cuno le reconnut et l’apostropha grossièrement, en l’accusant de l’avoir dénoncé et d’être l’auteur de son expulsion d’Italie. Schramm donna, devant un jury d’honneur, des explications qui démontrèrent qu’il n’avait été pour rien dans l’expulsion de Cuno, et celui-ci dut se rétracter publiquement le lendemain.