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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/664

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Un autre, Friedländer, de Berlin, se présentait avec un mandat de Zürich : les Zuricois n’avaient trouvé personne chez eux qui voulût aller faire la besogne que J.-Ph. Becker avait accepté d’accomplir.

La Hongrie, la Bavière et le Danemark avaient fourni leur contingent : Farkas représentait deux Sections de Budapest, Heim une Section de Bohème, et Pihl la Section de Copenhague. Jusqu’à quel point ces délégués étaient-ils authentiques ? Nous ne pouvions le savoir.

Venaient ensuite trois délégués ayant des mandats d’une authenticité irrécusable ; malheureusement, les Sections qu’ils représentaient ne pouvaient pas peser d’un bien grand poids dans la balance, attendu que, constituées sur la terre étrangère, elles n’avaient pas d’influence directe sur le prolétariat de leur pays. Ces trois délégués étaient : Lessner, membre du Conseil général, représentant la Section allemande de Londres ; Le Moussu, membre du Conseil général, représentant une Section française de Londres ; et Wroblewski, membre du Conseil général, représentant la Section polonaise de Londres.

Un Irlandais, Mac Donnell, représentait des sociétés irlandaises de Londres et de Dublin ; mais, bien qu’il fût membre du Conseil général, il ne se montra pas discipliné, et dans plus d’une question il vota avec la minorité.

Eugène Dupont, membre aussi du Conseil général, ne représentait aucune Section : il vint à simple titre de délégué du Conseil.

« Reste, pour le bouquet, le grand agitateur de la péninsule ibérique, le patron de la Emancipacion, le gendre de Marx, M. Paul Lafargue, délégué par cette grotesque réunion de neuf pauvres hères stipendiés par la maison Marx qui s’intitule la Nouvelle Fédération madrilène. M. Lafargue disait représenter aussi une Section de Lisbonne. » (Mémoire, p. 271.)

La majorité de la Commission de vérification ne fit pas la moindre difficulté d’accepter les mandats de tous les délégués dont le vote était acquis à la coterie marxiste ; et la majorité du Congrès sanctionna cette manière d’agir. Un délégué anglais, Mottershead, voulut présenter au Congrès quelques observations sur le mandat de complaisance donné à Maltman Barry, en disant que celui-ci n’appartenait pas aux hommes connus en Angleterre dans le mouvement ouvrier ; Marx, furieux de voir attaquer son protégé, s’écria : « Il est très honorable pour le citoyen Barry de n’être pas un homme connu dans le mouvement ouvrier anglais, car tous ceux qu’on appelle les leaders du mouvement ouvrier en Angleterre sont des hommes vendus à Gladstone ou à d’autres politiciens bourgeois ». Dans l’affaire de la Nouvelle Fédération madrilène, le Conseil général avait violé la résolution administrative n° V du Congrès de Bâle : cette résolution lui donnait bien le droit « d’admettre ou de refuser l’affiliation de toute nouvelle société ou groupe », mais elle ajoutait : « Là où il existe des groupes fédéraux, le Conseil général, avant d’accepter ou de refuser l’affiliation d’une nouvelle section ou société, devra consulter le groupe » : or, le Conseil avait omis, à dessein, de consulter la Fédération régionale espagnole ; cela n’empêcha pas la majorité du Congrès d’approuver la conduite du Conseil général [1].

Mais à l’égard des délégués qui représentaient des Sections ou des

  1. Aux délégués espagnols qui signalaient au Congrès cette irrégularité, Engels répondit que « si le Conseil général avait violé les règlements, ç’avait été pour sauver l’Internationale » (Memoria a todos los internacionales españoles, p. 9) : et la majorité d’applaudir. Il ajouta : « C’est la question de l’Alliance qui est ici en jeu, car les délégués espagnols qu’on vient d’entendre font partie de cette société secrète. Cette clique doit être chassée du sein de l’Internationale.» (Notes manuscrites prises par Joukovsky.) Dans un rapport adressé, à la date du 31 octobre 1872, au nouveau Conseil général, à New York, Engels constate lui même le fait, en ces termes : « Ils [les neuf affidés de Lafargue] formèrent alors une nouvelle fédération, mais le Conseil fédéral espagnol refusa de la reconnaître ; le Conseil général, à qui elle s’adressa, la reconnut sans consulter le Conseil fédéral espagnol, et cet acte fut sanctionné par le Congrès de la Haye ». (Correspondance de Sorge, p. 69.)