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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/640

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groupe de Sections des montagnes du Jura suisse, jointes à des Sections de France et d’Alsace, forment une fédération naturelle qui s’appelle la Fédération jurassienne. Enfin les Sections de Genève, avec deux ou trois Sections vaudoises ou valaisanes et une Section de France, forment la Fédération romande… Et en vue de quoi créerait-on une Fédération nationale suisse ? elle ne pourrait avoir d’utilité que comme instrument dans la main de ceux qui rêvent la création d’un parti politique ouvrier national suisse, — et c’est précisément ce que nous ne voulons pas, parce que nous ne sommes pas de ceux qui croient à l’utilité des réformes politiques nationales.

Au terme de Fédérations nationales, nous proposons donc de substituer celui de Fédérations régionales, qui a d’ailleurs été employé jusqu’à présent…


Le projet du Conseil belge fut soumis à l’examen d’un Congrès régional réuni à Bruxelles le 14 juillet. La majorité des délégués, dix contre huit  [1], trouva que la suppression du Conseil général serait une mesure excessive ; elle se prononça en faveur d’une proposition de réorganisation de ce Conseil, présentée par la Fédération liégeoise:chaque pays nommerait lui-même trois délégués pour siéger au Conseil général et désignerait l’un d’eux en qualité de secrétaire correspondant ; le Conseil général pourrait suspendre un délégué, mais le pays qui l’aurait nommé pourrait seul le révoquer; enfin, le Conseil général n’aurait aucun droit de s’immiscer dans les affaires intérieures des Sections. Comme on le voit, le principe de l’autonomie était sauvegardé.


En Espagne, les manœuvres de Lafargue allaient aboutir à un autre dénouement que celui qu’il avait espéré.

À la suite de l’expulsion, par la Fédération madrilène, de Mesa, Pagès et Lafargue, deux des expulsés, Mesa et Pagès, et sept de leurs amis, F. Mora, P. Iglesias, Inocente Calleja, V. Saenz, Angel Mora, L. Castillon et H. Pauly, constituèrent à eux neuf une Nouvelle Fédération madrilène, qui prétendit obtenir droit de cité dans la Fédération régionale espagnole. Le nouveau groupe dut, comme l’exigeaient les statuts fédéraux, demander son admission au Conseil fédéral. Celui-ci, usant du droit que lui donnaient les statuts, maintenus par le Congrès de Saragosse à l’encontre de la proposition de revision présentée alors par Morago (p. 276), refusa de l’admettre. En apprenant cette nouvelle par la Federacion de Barcelone du 21 juillet, le Bulletin écrivit (n° 13, Supplément, 27 juillet) :


Les ironies du sort sont vraiment plaisantes ! Voilà les hommes de Lafargue, qui ont si fort prôné les bienfaits de l’autorité et qui ont voulu absolument que les Conseils fussent armés du droit de suspendre ou de refuser les Sections, voilà ces dignes autoritaires devenus les premières victimes de cette organisation tant vantée ! Et ce sont des autonomistes, des anarchistes, — les membres du Conseil fédéral espagnol, — qui leur jouent le tour de leur faire sentir les bienfaits de l’autorité.

Il ne manquerait plus, pour que la comédie fût complète, que de voir le Conseil général de Londres, prenant parti pour Lafargue et

  1. Le délégué de la Fédération de la vallée de la Vesdre avait proposé qu’au Congrès belge on votât non par tête de délégué, mais par fédération de bassin ou de province ; mais, cette proposition ayant soulevé des protestations, il fut décidé qu’on s’en tiendrait au mode de votation par tête. C’est par suite du maintien de ce mode de votation que le projet du Conseil belge put être écarté par une faible majorité de deux voix.