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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/597

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entrés en correspondance [1]. « Les socialistes, — disait le Bulletin, — n’ayant plus d’organes à eux en France, sont obligés de se servir des feuilles radicales, qui accueillent de temps en temps leurs communications. » C’est ainsi que, sous l’empire, l’Internationale faisait insérer dans les journaux républicains ses appels et les comptes-rendus de ses réunions. Dans cet article, Lanjalley parlait de la protestation de la Fédération jurassienne contre la Conférence de Londres, et disait l’accueil sympathique que cette protestation avait rencontré en Espagne, en Belgique, en Italie. Cet accueil démontrait, ajoutait-il, que l’Internationale n’était pas et ne voulait pas être, comme l’avaient prétendu ses détracteurs, une Association à organisation hiérarchique, recevant docilement des mots d’ordre de Londres ; qu’au contraire elle était et entendait rester une libre fédération de Sections autonomes, « où aucune Section, aucun groupe n’est subordonné ; où aucun commandement ne peut être exercé par personne ; où la seule autorité respectable et respectée est le Statut général, librement consenti [2] ».


À Genève, les socialistes du Temple-Unique étaient toujours les alliés du parti radical, et un petit incident qui se passa dans le courant de mars en donna une nouvelle preuve. Un avocat radical, M. Amberny, était venu offrir ses services au Comité cantonal de l’Internationale, qui les avait acceptés ; un marché avait été conclu : M. Amberny poserait sa candidature au Grand-Conseil, et les Comités feraient voter pour lui les ouvriers-électeurs. Or, les ouvriers du bâtiment, mécontents de leurs salaires, que les patrons avaient abaissés, songeaient justement à préparer une grève pour obtenir une augmentation. Mais une grève à ce moment n’eût pas fait les affaires de la candidature de M. Amberny ; donc le Comité cantonal décida que la grève, étant inopportune, n’aurait pas lieu. Et le Journal de Genève ayant annoncé tout de même que les ouvriers du bâtiment projetaient de se mettre en grève, M. Amberny protesta contre cette fausse nouvelle par une lettre qui parut le 15 mars, et où il disait :

« J’affirme, d’après des renseignements certains, et en vertu d’une autorisation expresse, qu’aucune grève n’a été décrétée pour le canton de Genève, que le projet n’en a pas même été conçu, et qu’enfin l’Internationale n’arrêtera aucune mesure semblable dans notre canton en 1872. S’il fallait une sanction à cette affirmation absolue, j’ajouterais que je m’impose d’avance une amende de mille francs, à verser à l’hôpital cantonal, si l’Association internationale décrète, cette année, une grève générale ou même partielle à Genève. »

Le Bulletin, dans son n° 4 (20 mars), releva vertement cet étrange langage :


Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ? Qui est ce Monsieur Amberny, avocat genevois, qui vient parler au nom de l’Internationale, et qui déclare solennellement que l’Internationale ne décrétera pas de grèves cette année ?... Nous déclarons, pour nous, que M. Amberny n’a pas été autorisé par l’Internationale à parler en son nom ; que si telle ou telle personnalité lui a donné une autorisation pareille, elle n’en avait pas le droit... La Fédération jurassienne, qui a une Section à Genève, inflige donc un désaveu public à M. Amberny. Si la Fédération romande, plus particulièrement intéressée dans cette question, n’en fait pas autant de son côté, tant pis pour elle.

  1. Par l’intermédiaire de Gustave Jeanneret (voir p. 172).
  2. À propos de la reproduction dans le Bulletin de cet article de Lanjalley, Engels et Lafargue prétendirent que la circulaire de Sonvillier « fut envoyée par les hommes de l’Allliance à tous les journaux radicaux », et que « la République française de M. Gambetta s’empressa de reconnaître leurs services par un article plein d’encouragements pour les jurassiens et d’attaques contre la Conférence de Londres » (L’alliance de la démocratie socialiste, etc., p. 27).