Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/584

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


puisse et doive éclaircir entièrement les choses et déterminer entièrement les fonctions du Conseil général, cette idée nous paraît fort opportune... Étudions donc la question ; préparons-nous à donner un mandat impératif à nos délégués, et attendons la résolution du Congrès général, qui, comme toujours, il n’y a pas à en douter, mettra ses délibérations d’accord avec la Justice et la Liberté. » La Emancipación de Madrid publia aussi notre circulaire en même temps que la Federación. Et. le 2 janvier 1872, Alerini écrivait à Joukovsky la lettre suivante (lettre indiquant l’existence d’une lettre antérieure, première réponse à celle de .Joukovsky, et qui, celle-là, était, paraît-il, plutôt pessimiste), pour lui dire que tout allait bien [1] :


Mon cher Jouk, je t’ai écrit ces jours derniers un peu alarmé. Je prends la plume pour te rassurer. Nous sommes tous d’accord, je crois, pour manifester au Conseil général que les Sections espagnoles demandent la convocation à bref délai d’un Congrès général. À vrai dire, les Sections n’ont pas encore pris de résolutions à ce sujet. Mais les hommes d’initiative parmi nous une fois d’accord, il n’y a pas de doute que, quand les Sections seront saisies officiellement de la question, elles ne se prononcent de la même façon que ceux-ci. Avant de soumettre la chose à leur jugement, ces hommes ont cru devoir l’étudier et la trancher d’abord, afin que, une résolution une fois prise, ils pussent tous faire la même propagande pour son bon succès... Les groupes actifs ont pris ici l’engagement moral de n’avoir rien de caché entre eux. Je n’eus pas connaissance de la correspondance échangée à votre sujet entre Barcelone et Seville, et quelques soupçons me firent penser qu’elle ne vous était pas favorable. Un moment de froideur a régné quelques instants ici parmi nous. Je vous donnai la voix d’alarme. Mais nous avons fini par nous entendre, et j’en suis heureux. Tu peux donc considérer l’effet de ma dernière lettre comme entièrement effacé...


Cette lettre fait allusion à mots couverts à une organisation spéciale qui existait en Espagne depuis le printemps de 1870, organisation dont nous ignorions alors l’existence ; Alerini lui-même, comme on le verra (p. 271), venait seulement d’y être initié (décembre), et il en parle avec la gaucherie d’un néophyte qui, peu de jours auparavant, n’était pas encore au courant de ce qui se passait. Il sera question plus loin, de façon détaillée, de cette organisation, qu’Alerini désigne par les mots « les groupes actifs ».

Mais, au moment où d’un bout de l’Espagne à l’autre on paraissait d’accord pour lutter avec nous en faveur du principe d’autonomie contre les abus de pouvoir du Conseil général, arrivait à Madrid, dans les derniers jours de décembre, le gendre de Marx, Paul Lafargue. En août, la police française l’avait forcé d’interrompre brusquement un séjour qu’il faisait aux eaux de Luchon avec sa femme et ses deux belles sœurs ; il avait passé la frontière, et les autorités espagnoles l’avaient emprisonné quelques jours à Huesca ; remis en liberté, il s’installa d’abord à Saint-Sébastien, puis, sans doute sur des instructions reçues de Londres, il se rendit dans la capitale. La présence de Lafargue à Madrid allait bientôt se révéler à nous par de tristes résultats, conséquences de ses manœuvres.


Ce n’est que vers la fin de novembre que Bakounine reçut à Locarno des exemplaires imprimés de la circulaire du Congrès de Sonvillier. Elle excita son enthousiasme [2], et il se mit en devoir de la répandre en Italie le plus qu’il lui fut possible. « Je puis dire, écrivait-il à Joukovsky (en russe)

  1. Cette lettre, retrouvée par Nettlau, a été publiée par lui (p. 588).
  2. Écrivant à un journal italien, il l’appelle « la magnifique et tout à fait légitime protestation du Congrès franco-jurassien » (Nettlau, p. 579).