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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/573

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« Résolution VII. — Lorsque des démêlés s’élèveront entre des sociétés ou branches d’un groupe national, ou entre des groupes de différentes nationalités, le Conseil général aura le droit de décider sur le différend, sauf appel au Congrès prochain, qui décidera définitivement. »

C’était mettre entre les mains du Conseil général un pouvoir dangereux, et on eut tort de ne pas eu prévoir le résultat.

S’il est un fait incontestable, mille fois attesté par l’expérience, c’est l’effet corrupteur que produit l’autorité sur ceux entre les mains desquels elle est déposée. Il est absolument impossible qu’un homme qui a pouvoir sur ses semblables demeure un homme moral.

Le Conseil général ne pouvait pas échapper à cette loi fatale. Composé pendant cinq années de suite des mêmes hommes, toujours réélus, et revêtu par les résolutions de Bâle d’un pouvoir très grand sur les Sections, il a fini par se regarder comme le chef légitime de l’Internationale. Le mandat de membre du Conseil général est devenu, entre les mains de quelques individualités, comme une propriété personnelle, et Londres leur a paru la capitale inamovible de notre Association. Peu à peu, ces hommes, qui ne sont que nos mandataires, — et la plupart d’entre eux ne sont pas même nos mandataires réguliers, n’ayant pas été élus par un Congrès, — ces hommes, disons-nous, habitués à marcher à notre tête et à parler en notre nom, ont été amenés, par le courant naturel des choses et par la force même de cette situation, à vouloir faire prédominer dans l’Internationale leur programme spécial, leur doctrine personnelle. Étant devenus, à leurs propres yeux, une sorte de gouvernement, il était naturel que leurs idées particulières leur apparussent comme la théorie officielle ayant seule droit de cité dans l’Association ; tandis que les idées divergentes émises dans d’autres groupes leur ont paru, non plus la légitime manifestation d’une opinion égale en droit à la leur, mais une véritable hérésie. Ainsi s’est constituée peu à peu une orthodoxie dont le siège était à Londres, dont les représentants étaient les membres du Conseil général ; et bientôt les correspondants du Conseil pour chaque pays se sont donné pour mission, non plus de servir d’intermédiaires neutres et désintéressés entre les diverses Fédérations, mais de se faire les apôtres de la doctrine orthodoxe, de lui chercher des propagateurs, et de servir des intérêts de secte au détriment des intérêts généraux de l’Association.

Que devait-il résulter de tout cela ? Le Conseil général rencontra naturellement de l’opposition dans la voie nouvelle où il s’engageait. L’irrésistible logique l’obligea de chercher à briser cette opposition. Et voilà les luttes qui commencent, et, avec elles, les intimités personnelles et les manœuvres de coterie. Le Conseil général devient un foyer d’intrigues ; les opposants sont conspués, calomniés ; enfin la guerre, la guerre ouverte, éclate au sein de notre Association.

Depuis le Congrès de Bâle, en 1869, le Congrès général de l’Association n’ayant pas été réuni, le Conseil général s’est trouvé livré à lui-même pendant les deux dernières années. La guerre franco-allemande a été le motif de l’absence de Congrès en 1870 ; en 1871, ce Congrès a été remplacé par une Conférence secrète, convoquée par le Conseil général sans que les Statuts l’autorisassent en aucune manière à agir de la sorte. Cette Conférence secrète, qui certainement n’offrait pas une représentation complète de l’Internationale,