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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/559

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« J’ai quitté Neuchâtel à dix heures cinq ;... à trois heures quinze je serai à Sonvillier [1]. »

Joukovsky cède ici, comme souvent, au désir de se donner de l’importance. Il se représente, et représente à son correspondant, le Congrès régional, dont la convocation était imminente et avait déjà été discutée, comme devant se réunir sur l’initiative du groupe de Genève, et spécialement pour adopter la résolution proposée par ce groupe. En réalité, le Comité fédéral allait délibérer sur une proposition qui avait été précédemment l’objet d’un échange d’idées entre ceux des membres de nos Sections qui appartenaient à notre intimité, — intimité dont ni Joukovsky ni aucun des proscrits français, à ce moment, ne faisaient partie.

Le 3o octobre, il y eut à Saint-Imier une réunion à laquelle Joukovsky fut admis ; il y fut décidé que le Comité fédéral convoquerait le Congrès régional pour le dimanche 12 novembre à Sonvillier ; et dès le lendemain Schwitzguébel rédigea une circulaire aux Sections pour leur annoncer la convocation de ce Congrès et les inviter à s’y faire représenter. Le mercredi 1er novembre, Joukovsky était au Locle, où il donnait connaissance des considérants de la Section de propagande de Genève ; les internationaux de l’endroit, en apprenant la date fixée pour le Congrès par le Comité fédéral de Saint-Imier, la jugèrent trop rapprochée ; ils émirent l’avis qu’il vaudrait mieux choisir le premier dimanche de décembre, si on voulait que les Sections fussent convenablement représentées. Le lendemain jeudi Joukovsky retourna à Sonvillier ; mais le Comité fédéral, sans s’arrêter aux objections du Locle, déclara vouloir s’en tenir à la date du 12 novembre : d’ailleurs, les circulaires aux Sections étaient déjà parties. Joukovsky s’en retourna à Genève en repassant par Neuchâtel.

Voici le texte de la circulaire par laquelle fut convoqué le Congrès de Sonvillier :


Association Internationale des Travailleurs.
Fédération romande.
Quatrième circulaire aux Sections.
Compagnons,

Depuis longtemps déjà, notre Congrès régional aurait dû être convoqué ; mais les événements dont l’Europe a été le théâtre, et la situation particulière qui en est résultée pour l’Internationale, rendaient impossible la convocation de nos délégués [2].

Tous les esprits se tournaient vers les Communes révolutionnaires de France, qui, à plusieurs reprises, essayèrent de s’affranchir pour ouvrir au peuple travailleur l’ère de son affranchissement économique. Lyon, Marseille et Paris succombèrent sous les coups de la bourgeoisie, dont l’organisation, il faut le dire, s’est montrée plus forte que la nôtre.

La lutte héroïque du peuple de Paris, les nombreux sacrifices qu’il a faits au nom de l’affranchissement des travailleurs, la non-réussite de cette formidable lutte communale, — tout ceci devait faire réfléchir les internationaux. Quant à nous, compagnons, nous pensons que l’Association internationale des travailleurs entre, dès maintenant, dans une nouvelle phase, car elle doit s’organiser de manière à pouvoir utiliser, au profit des travailleurs, toute lutte partielle qui pourrait s’engager entre ces derniers et la bourgeoisie.

  1. Lettre citée par Nettlau, p. 574.
  2. Régulièrement, le Congrès de la Fédération romande aurait dû être convoqué fin avril 1871. En attendant qu’il pût l’être, une réunion avait eu lieu à Neuchâtel le 21 mai, comme on l’a vu, et avait procédé au renouvellement du Comité fédéral.