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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/551

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Lorsque nous arrivâmes tous deux à Genève, quelque peu brisés de la chute de notre chère Commune,... nous y arrivions résolus à ne point tenir compte des différends qui partagent depuis trop longtemps les Sections de la Suisse romande, différends dont nous avions entendu vaguement parler et qui ne reposent d’ailleurs que sur des questions de personnes dont à l’un de nous (Lefrançais) les noms seuls étaient connus.

Dans ces dispositions, nous résolûmes de ne prendre parti ni pour un groupe ni pour l’autre ; les personnalités d’Outine et de Bakounine, seules en jeu dans cette affaire, ne nous paraissaient pas devoir occuper longtemps le temps précieux de ceux qui, etc... [1]

À peine arrivés, nous fûmes naturellement vite mis au courant des divisions en question, mais, nous devons le dire, seulement par les adversaires de l’ancienne Alliance, dont les amis au contraire se tinrent à notre égard dans la plus grande réserve.

Mais un fait douloureux ne tarda pas à devenir évident pour nous. Malgré la liberté dont jouissent les Genevois, malgré tous les moyens dont ils disposent, — liberté de la presse, liberté de réunion, d’association, — l’Internationale n’a en réalité aucune existence intellectuelle ici : ni réunions, ni conférences, ni discussions de principes. La plupart des adhérents sont dans l’ignorance absolue des principes de l’Internationale et du but qu’elle poursuit. Chacun se contente de dire : « Je suis de l’Internationale ! » Mais, encore une fois, rien de sérieux ; les intelligents, dégoûtés, s’en retirent ou en sont exclus par les comités qui, seuls, gouvernent et dirigent les Sections, qui se réunissent seulement une fois par mois à peine ! Pas de cercles d’études sociales où tous puissent venir s’instruire des questions à résoudre. Les choses se passaient autrement en France, où la période de combat avait été précédée et amenée par une longue et sérieuse période de propagande et d’étude, et ces souvenirs nous faisaient d’autant plus ressentir le vide existant dans la Section genevoise.

Quelques amis, et nous avec eux, sommes entrés alors dans la Section centrale pour tenter de lui imprimer un mouvement plus sérieux et plus actif, mais les pasteurs y ont mis ordre, comme vous le verrez par le compte-rendu de la dernière assemblée générale des Sections... : on nous a exclus tout simplement comme agents de l’ancienne Alliance et de Bakounine, à qui Lefrançais n’a jamais parlé... ; quant à Malon, il connaissait Bakounine, mais jamais entente ne fut établie entre eux.


J’arrête ici la citation, qui, par cette dernière phrase, anticipe déjà sur les incidents postérieurs au Congrès de Sonvillier.

Au retour des deux délégués Outine et Perret à Genève, après la Conférence, il y eut une première escarmouche. Dans une séance de la Section centrale qui eut lieu à la fin de septembre, Malon interpella Outine, — avec lequel il avait été très intimement lié autrefois, — et lui fit de vifs reproches ; Outine, abasourdi par cette attaque inattendue, fut complètement démonté et ne sut que répondre. La scène fit du bruit, et Ozerof s’empressa de la raconter à Bakounine dans une lettre. Celui-ci répondit le 3 octobre (lettre imprimée dans la Correspondance. trad. française. p. 352) :

  1. Nettlau a coupé la phrase ici, pour abréger. N’ayant pas eu l’occasion de consulter l’original, je ne puis suppléer les mois qui manquent.