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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/454

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et Joukovsky reprit le chemin de Genève, marchant dans les rangs d’un bataillon de francs-tireurs qui se dirigeait vers Lyon ; Mroczkowski se fixa en décembre à Menton, pour y exercer la profession de photographe. Bastelica put rester à Marseille sans être inquiété ; Alerini dut partir avec un bataillon de mobiles, et fit trois mois de service, passant la plus grande partie de ce temps en prison, comme prévenu de « refus formel d’obéissance » et de « complot » ; mais son affaire se termina par un non-lieu.


À Lyon, au moment même où le mouvement de Marseille avortait, une nouvelle tentative était faite : le 4 novembre, l’hôtel de police était envahi, et une manifestation en armes était décidée pour remplacer le Conseil municipal par une Commune révolutionnaire ; mais la manifestation se borna à un rassemblement pacifique d’ouvriers sur la place des Terreaux. À la suite de cette journée, Parraton fut arrêté, et Chol dut se réfugier à Genève. Quant à Richard, il se tenait coi.



V.


L’hiver de 1870-1871.


Je reviens à nos Montagnes. Après le Congrès de Saint-Imier, il y eut suspension, pendant quelque temps, des réunions régulières de nos Sections et de l’action du Comité fédéral : tout paraissait désorganisé, « les esprits étaient plus préoccupés des échos des champs de bataille que des questions sociales ». Toutefois, « l’action individuelle reprenait bientôt l’œuvre suspendue ; et, tandis que nos ennemis nous croyaient écrasés, un travail tranquille — mille fois plus sérieux que tout autre — s’opérait. Quelques membres dévoués des Sections montagnardes discutaient sans cesse des moyens de donner une nouvelle vie à notre Fédération romande. On se mit d’accord sur la publication de brochures socialistes, et une commission centrale de vente fut constituée dans le sein de la Section du district de Courtelary [1]. » Par les soins de cette commission furent éditées deux brochures, que j’imprimai : 1° L’Association internationale des travailleurs, reproduction d’une série d’articles publiés par Albert Richard dans le Progrès de Lyon pendant l’été de 1870, et dont quelques-uns avaient déjà été reproduits par la Solidarité : « l’auteur y a résumé l’histoire du développement de l’Internationale, et surtout le progrès des idées au sein de cette association » ; 2° La Guerre et la Paix, par Adhémar Schwitzguébel : « cette brochure fait ressortir les véritables causes de la guerre, qu’on doit voir non pas tant dans l’ambition de tel ou tel monarque, mais avant tout dans le désordre économique dont souffre la société ». Nous publiâmes en outre un Almanach du Peuple pour 1871, contenant les articles suivants (les articles n’étant pas signés, j’indique le nom de leurs auteurs) : Les caisses de résistance (Adhémar Schwitzguébel), dialogue destiné à réfuter le raisonnement d’un ouvrier qui essaie de persuader à un camarade que « la pièce de un franc qu’il donne chaque mois pour la caisse de résistance serait plus avantageusement placée à la caisse d’épargne » ; Les partageux (Adhémar Schwitzguébel), article démontrant que les véritables « partageux » sont les exploiteurs ; L’Association internationale des travailleurs (Adhémar Schwitzguébel), court exposé des principes de l’Internationale et de la théorie collectiviste ; La réforme de l’éducation (James Guillaume), montrant que la transformation de l’éducation publique ne peut s’accomplir que dans une société dont les bases

  1. Extrait d’un article d’Adhémar Schwitzguébel dans le n° 1 de la nouvelle série de la Solidarité (28 mars 1871).