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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/357

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reçurent de toutes les Sections, consultées immédiatement par le télégraphe, l'ordre de se retirer du Congrès [1]. Les internationaux de la Chaux-de-Fonds soutenant les Genevois, les alliancistes [2] durent abandonner le local du Congrès qui appartenait aux Sections de l'endroit. Bien que, au dire de leurs propres organes, ils ne représentassent que quinze Sections, tandis que Genève seule en avait trente, ils usurpèrent le titre de Congrès romand, nommèrent un nouveau Comité fédéral romand, où brillaient Chevalley et Cagnon [3], et promurent la Solidarité de Guillaume au rang d'organe de la Fédération romande [4]. Ce jeune maître d'école avait pour mission spéciale de décrier les « ouvriers de fabrique [5] » de Genève, ces « bourgeois » odieux, de faire la guerre à l’Égalité, journal de la Fédération romande, et de prêcher l'abstention absolue en matière politique [6]. Les articles les plus marquants sur ce dernier sujet eurent pour auteurs, à Marseille Bastelica [7], et à Lyon les deux colonnes de l'Alliance, Albert Richard et Gaspard Blanc [8].

  1. Les délégués de Genève ne consultèrent nullement leurs Sections par le télégraphe avant de se retirer. Ce fut seulement après leur retraite qu'ils télégraphièrent à Genève ce qu'ils venaient de faire : et, comme on l'a vu (p. 7). ils se firent envoyer par le Comité cantonal, réuni au nombre de quatre membres sur soixante, et non par les Sections, une dépêche qui approuvait leur conduite. Marx dénature audacieusement les faits.
  2. Par l'emploi de ce terme, Marx cherche évidemment à faire croire au lecteur que les délégués qui avaient voté pour l'admission de la Section de l'Alliance dans la fédération romande étaient des « membres de l'Alliance ». Désormais, allianciste va devenir l'épithète dont il affublera tous ceux en qui il verra des adversaires de sa dictature, l'argument péremptoire, la tarte à la crème qui répond à tout.
  3. Cagnon n'a jamais fait partie du Comité fédéral ; mais Marx l'y place à dessein, à côté de Chevalley, parce que, comme j'aurai à le raconter plus loin, l'Association coopérative des tailleurs de la Chaux-de-Fonds fut victime, en juin 1870, d'un vol commis par ces deux faux socialistes.
  4. La phrase est construite de façon à faire croire que la Solidarité existait antérieurement au Congrès, qu'elle était ma propriété, et que je réussis à lui faire accorder le titre d'organe de la Fédération. Toujours le même système.
  5. Marx sait très bien ce qu'on appelle à Genève les « ouvriers de la fabrique » (et non les « ouvriers de fabrique »), les explications les plus claires ayant été données à réitérées fois sur cette appellation ; d'ailleurs il a parlé en détail dans son Kapital (pages 325 et 326, édition de 1867) de la fabrication de l'horlogerie à Genève et dans les Montagnes neuchâteloises ; néanmoins il feint de croire qu'il s'agit d' « ouvriers de fabrique », espérant probablement que par ce procédé il induira en erreur les lecteurs non avertis.
  6. On verra, par les citations qui seront données plus loin, si la Solidarité a « fait la guerre » à l’Égalité, ou si elle n'a pas plutôt péché par excès de mansuétude et d'esprit de conciliation.
  7. La Solidarité ne contient d'autre article de Bastelica qu'une correspondance (numéro du 7 mai) où il raconte une tournée de propagande dans le Var, et où il n'est pas parlé de politique ni d'abstention.
  8. Il est facile de deviner pourquoi Marx met ici en vedette les noms de Richard et de Blanc, de même que celui de Bastelica : c'est parce qu'en 1872 Richard et Blanc passèrent au bonapartisme, et que Bastelica fut accusé d'être leur complice. Mais en 1870 et 1871, ils jouissaient tous les trois de l'entière confiance de toute l'Internationale : à la date du 8 mars 1871, le Conseil général de Londres avait maintenu Albert Richard dans ses fonctions de secrétaire correspondant pour Lyon, et en 1871, du plein consentement de Marx, Bastelica devint membre de ce même Conseil général.