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la portion strictement nécessaire pour vivre laissée par le capital au travail ;

Déclare :

Que la coopération est la forme sociale qu'adoptera le travail après l'émancipation des travailleurs ; mais qu'il ne pense pas que la coopération soit le moyen d'opérer l'affranchissement complet du prolétariat, qui ne peut avoir lieu que par la révolution sociale internationale. »


VI. — Attitude de l'Internationale vis-à-vis des gouvernements.

« Considérant que l'émancipation définitive du travail ne peut avoir lieu que par la transformation de la société politique, fondée sur le privilège et l'autorité, en société économique fondée sur l'égalité et la liberté ;

Que tout gouvernement ou État politique n'est rien autre chose que l'organisation de l'exploitation bourgeoise, exploitation dont la formule s'appelle le droit juridique ;

Que toute participation de la classe ouvrière à la politique bourgeoise gouvernementale ne peut avoir d'autres résultats que la consolidation de l'ordre de choses existant, ce qui paralyserait l'action révolutionnaire socialiste du prolétariat ;

Le Congrès romand recommande à toutes les Sections de l'Association internationale des travailleurs de renoncer à toute action ayant pour but d'opérer la transformation sociale au moyen des réformes politiques nationales, et de pointer toute leur activité sur la constitution fédérative des corps de métiers, seul moyen d'assurer le succès de la révolution sociale. Cette fédération est la véritable Représentation du travail, qui doit avoir lieu absolument en dehors des gouvernements politiques. »


En regard de ces résolutions du Congrès collectiviste, je vais placer celles de l'autre Congrès. On pourra constater, avec quelque surprise peut-être, que sauf sur un point, — la « participation à la politique bourgeoise gouvernementale », — elles ne diffèrent guère des nôtres. C'est qu'en réalité cette question de l'altitude à prendre à l'égard des gouvernements et des partis politiques était la seule qui fût en cause, qu'elle seule était l'origine et la raison d'être du conflit : l'Alliance n'était qu'un prétexte ; la coopération, les caisses de résistance, étaient choses accessoires pour les politiciens, et ils avaient compris que, pour ne pas se faire honnir de toute l'Internationale, il fallait, en ces matières, accepter ce qui était généralement admis ; tandis que la possibilité de se faire élire députés et d'arriver à participer au gouvernement était le point capital pour les candidats futurs, les hommes d'État en perspective, les Grosselin et les Coullery.

La Solidarité publia les résolutions du Congrès collectiviste dès son premier numéro, et imprima le règlement des caisses de résistance dès le second. L’Égalité, au contraire, remplit ses colonnes, pendant plusieurs semaines, d'articles de polémique, de violentes attaques personnelles, mais ne se pressa nullement de faire connaître les votes du Congrès anti-collectiviste : ce fut seulement à la fin de mai qu'elle imprima le commencement du rapport, adopté par ce Congrès, sur la coopération (rapport dont elle laissa d'ailleurs la publication inachevée) ; le 27 juillet, qu'elle imprima le règlement des caisses de résistance ; le 6 août, qu'elle fit connaître le texte des modifications apportées par le Congrès au règlement fédéral. Seules, les résolutions relatives à la politique furent publiées tout de suite, le 16 avril, parce que pour les hommes de l’Égalité tout l'intérêt du Congrès était là.