Ouvrir le menu principal

Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/118

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Mais comment le sont-ils devenus ? Ils ont inventé un socialisme à eux, très ingénieux, ma foi, et qui a pour but de conserver à la classe bourgeoise tous les avantages de l'organisation sociale actuelle, et aux travailleurs — la misère. Ce ne serait pas même la peine d'en parler, si ces nouveaux socialistes bourgeois, profitant de l'avantage que leur donnent leur position sociale et leurs moyens pécuniaires, naturellement plus puissants que les nôtres, aussi bien que l'organisation de leur Ligue et la protection des pouvoirs officiels dans beaucoup de pays, ne s'étaient pas mis en campagne pour tromper la conscience des sociétés ouvrières, en Allemagne surtout. Nous devons les combattre, et, si la rédaction du journal veut bien le permettre, je consacrerai plusieurs articles à exposer la différence énorme qui existe entre le socialisme sérieux des travailleurs et le socialisme pour rire des bourgeois.


De France, la commission publiait trois adhésions, celles de Benoît Malon, d'Eugène Varlin, et d'Élisée Reclus. Varlin annonçait que deux de ses collègues, Bourdon et Combault, s'étaient engagés à le seconder pour l'envoi d'une correspondance hebdomadaire à l’Égalité. D'Angleterre il y avait des lettres de Hermann Jung et d'Eccarius, promettant des communications réguhères. La collaboration de Karl Marx avait été sollicitée, mais sa réponse avait été négative ; la commission l'expliquait en ces termes : « Le citoyen Marx fait savoir à la commission qu'à son grand regret l'état de sa santé et ses trop nombreuses occupations ne lui permettent pas de promettre sa collaboration au journal. Nous espérons néanmoins que de temps à autre ce vaillant champion de la classe ouvrière écrira dans l'organe des Sections de la Suisse romande. » L'Allemagne était représentée par J.-Ph. Becker, qui promettait de « donner de temps en temps des nouvelles sur le mouvement ouvrier en Allemagne et en Hongrie ». Pour l'Italie, Carlo Gambuzzi et Alberto Tucci promettaient des correspondances. De Belgique, César De Paepe écrivait : « Je suis Flamand, et par conséquent habitué à estropier plus ou moins la langue française » ; mais il ajoutait que néanmoins il « ferait tout son possible pour adresser au journal, de temps à autre, un petit article ou même une étude sur l'une ou l'autre question philosophique, politique ou sociale » ; et il envoyait en même temps le commencement d'une série d'articles sous cette rubrique générale : « Les économistes bourgeois devant le problème de la misère », et dont les quatre premiers avaient pour titre « Les Malthusiens ». Pour l'Espagne, enfin, la commission n'avait pas encore trouvé de correspondants ; mais elle annonçait qu'elle « s'était assuré la communication des nouvelles qu'un de nos amis recevait de ce pays et qui étaient puisées à d'excellentes sources ».


C'est le dimanche 20 décembre que parvint au Locle la lettre de convocation pour le Congrès qui devait s'ouvrir à Genève le 2 janvier. Dans l'assemblée mensuelle de la Section, qui avait eu lieu sept jours auparavant, j'avais été désigné comme délégué.


Cependant la demande adressée par le Bureau central de l'Alliance de la démocratie socialiste au Conseil général de Londres se trouvait soumise, depuis le 15 décembre [1], à l'examen des membres de ce Conseil. La fondation de l'Alliance et sa demande d'être admise comme branche de l'Internationale avaient éveillé la méfiance de Karl Marx. On pouvait faire à l'Alliance les mêmes objections qui avaient été faites à la Ligue de la paix et de la liberté : si elle se proposait le même but que l'Internationale,

  1. Date indiquée dans la résolution du Conseil général du 22 décembre 1868.