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de-Gonzague. Vous ne savez pas ce que c’est que cet homme-là ! C’est un athée, un libre penseur, il ne croit pas en Dieu, il supprimera de cette école tout ce qui en fait un établissement religieux ; il prendra des professeurs modernes, il en fera un collège au goût du jour ! Au goût du jour ! répéta-t-il, avec une expression d’ironie énergique et indignée.

— La malveillance vous égare, Mathenot. En tout cas, nous n’en sommes pas encore là, grâce à Dieu. Je prendrai mes dispositions à l’avance, je vous l’assure… Mais est-ce tout ce que vous aviez à me dire ?

— Je le voudrais, monsieur le directeur. Malheureusement, il n’en est rien. Ce mariage d’Augulanty…

— Je vous répète que ce mariage ne me déplaît point, interrompit Barbaroux, qui commençait à s’impatienter, le seul empêchement que j’y vois est la position de M. Augulanty qui est plus que modeste, et je doute que ma sœur y consente facilement…

— Votre sœur y a déjà consenti.

L’abbé Barbaroux fut si étonné qu’il laissa échapper un « Ah ! » de surprise et qu’il n’eut pas la force d’y ajouter un seul mot.

— Et elle y a consenti, continua Mathenot, parce qu’elle a peur d’Augulanty…

— Peur d’Augulanty ! Vous voulez rire ?

— Le hasard a mis M. Augulanty en possession de certains secrets si dangereux pour Mme Pioutte qu’elle consentira à n’importe quoi plutôt que de les voir divulguer auprès de vous.

— Qu’est-ce que vous me chantez là ? fit Barbaroux, qui commençait à s’agiter sur sa chaise. Mais c’est un roman ! — Ces secrets, vous les connaissez ?…

Mathenot balança affirmativement sa tête sombre.

— Votre neveu, commença-t-il, vit à Paris avec une maîtresse…

Cette nouvelle causa un tel saisissement à l’abbé Barbaroux qu’il devint tout pâle, puis très rouge. C’était là ce qu’il redoutait par-dessus tout, ce qui l’avait fait tant hésiter à envoyer Charles à Paris, ce qu’il priait Dieu matin et soir de lui éviter. Pour cacher son trouble, il