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LVIII. Il n’y a personne dans le christianisme qui ne sçache que les Vierges sont les épouses de Jésus Christ et quand on les considère en cette qualité, on peut dire qu’elles passent en quelque sorte en secondes nopces la première fois qu’elles se marient. Et comme on juge de la conduite que tiendra une femme dans son second mariage, par celle qu’elle a observée pendant le temps du premier, on infère ordinairement de quelle maniére une fille vivra avec son mari, par la manière dont elle en a usé durant sa virginité envers Jésus-Christ son premier époux. Si étant fille elle paroît sage, modeste, retenue, on présume qu’elle ne cessera pas de l’être étant devenue femme : si étant fille elle ne songe qu’à plaire par son affeterie et à acquérir une vaine réputation de beauté par la nudité de son corps ; on appréhende avec justice qu’elle ne changera pas d’inclination en changeant de condition, et l’on se persuade qu’ayant beaucoup moins de sujet d’aimer et de craindre un mari que Jésus-Christ, elle ne sera guères fidelle à un homme, puisqu’elle est infidelle à Dieu qui veut bien la reconnoître pour son épouse.

LIX. Tertulien a crû que les Vierges, non plus que le reste des Chrétiens, ne pouvoient tirer aucune gloire de leur corps qu’en morti-