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comme ils ressentent par eux-mêmes qu’il est très-difficile de la regarder innocemment et avec plaisir, ils jugent que cette fille qui se plaist à la leur faire voir, n’est pas aussi innocente qu’elle le veut paroître. Et comme ils ne peuvent douter que ce ne soit une grande marque de pieté et de dévotion en un jeune homme lorsqu’il rougit à la veue d’une gorge découverte, et qu’il évite de la regarder : Ils sont convaincus qu’une fille est pieuse et dévote lorsqu’elle a honte de découvrir son sein, et qu’elle le cache également à ses yeux et à ceux des autres.

LV. O prudence de la chair, que tu es aveugle et que tu es trompeuse. Les filles du siècle prétendent assurer et avancer leurs mariages par la nudité de leur gorge, et c’est par là qu’elles les diffèrent ou qu’elles les empêchent. Elles ne se soucient pas de plaire à Dieu dans l’espérance de pouvoir plaire à un homme, et Dieu permet qu’elles paroissent moins aimables à cet homme par cela même, par quoy elles s’efforcent de lui plaire. Elles perdent son approbation et son estime en voulant sur prendre son affection, et elles le rebutent du mariage en voulant l’y engager.

LVI. Elles sçavent aussi bien que les hommes que la beauté du sein a cela de propre,