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découvert quoy que les femmes doivent en user avec beaucoup plus de précaution que les hommes. Mais quelle nécessité y a-t-il qu’elles découvrent leur gorge et leurs épaules, quel motif peut les y obliger qui ne soit criminel, que peuvent-elles par là faire connoître si ce n’est ce qu’elles devroient cacher ?

XLV. D’ailleurs il n’y a rien qui répugne à la retenue et à la modestie du sexe de marcher la face dévoilée ; et si une fille ou une femme paroist modeste en se voilant la face, elle peut là paroître encore davantage en faisant voir une sainte pudeur sur son front. Elle montre seulement qu’elle est prude en couvrant son visage, et elle peut de plus nous apprendre à être sages lorsqu’elle nous donne la liberté de regarder ce même visage, où les charmes de la douceur naturelle sont comme sanctifiéz par une prudente gravité et par une retenue chrestienne. En effet, rien n’est plus capable d’inspirer du respect et de l’estime pour leur sexe que cette chaste pudeur qui éclatte sur un beau visage ; elle étouffe tous les sentimens sensuels que la beauté pourroit faire naître dans nos cœurs, et elle la fait servir d’instrument à la grace pour modérer nos ardeurs illégitimes, au lieu que le démon prétendoit en fortifier la concupis-