Page:Jacques Boileau - De l abus des nudites de gorge, Duquesne, 1857.djvu/43

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


core parce que pour se faire des adorateurs elles se servent d’une adresse d’autant plus dangereuse qu’elle est plus engageante et plus propre à donner de l’amour ; à laquelle les gens sages sont exposéz parle hazard, quelque pré caution qu’ils prennent pour l’éviter, dont les simples ne se defilent point, et à laquelle presque tous les jeunes gens se plaisent à succomber.

XLI. Après cela je ne m’étonne pas que Dieu dans ses Prophétes reprochant à son peuple la grandeur et la multitude de ses crimes luydise qu’il est devenu semblable à une femme qui se plaist à paroître nue et qui ne songe qu’à se faire aimer, qui s’habille avec pompe, et s’étudie à rendre son sein élevé pour luy donner plus de grace, qui enfin, ne reconnoit point d’autre temps que le temps des amans, c’est à dire qui ne croit pas pouvoir mieux employer son temps qu’à faire des conquestes. En effet c’est le temps de ses amans, parce que c’est alors que les hommes commencent à l’aimer, surpris et attiréz par la nudité de son corps ; et c’est aussi son temps parce qu’elle est satisfaite de l’espérance ou du plaisir qu’elle a d’estre aimée.

XLII. Jugeons de là si c’est un objet bien agréable à Dieu qu’une fille ou une femme qui