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tendez-vous plaire ? De qui voulez-vous acquérir l’estime ? Est-ce des hommes sages et dévots ? Ils ne souhaittent pas de voir cette gorge que vous leur présentez, ils en détournent même leurs yeux. Est-ce de ces jeunes mondains ? Vous scavez que leur approbation n’est guères considérable, et vous n’ighorez pas qu’ils méprisent ordinairement ce qu’on leur offre, et qu’ils estiment fort peu ce qui devient commun à tout le monde. Quelle est donc votre conduite de faire une chose qui déplaist à une partie de ceux qui vous regardent, et qui ne vous acquiert pas l’estime toute entière des autres ; au lieu que vous êtes assurées que les jeunes mondains et les hommes sages et dévots auroient également du respect et de l’estime pour vous si vous ne paroissiez devant eux que la gorge couverte et avec la modestie que la nature inspire à votre sexe, et que la Religion luy prescrit ?

XXXI. Mais je suppose qu’il se trouve quelque libertin qui à la vue de votre sein, de vos bras ou de vos épaules, vous donne toute son approbation et même tout son cœur. Pouvez-vous bien tirer vanité d’une chose qui devroit vous faire rougir, et n’est-ce pas pour vous un sujet de confusion plûtost que de joie de n’être louée que de ceux dont les louanges