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PEER GYNT

un bouton sans attache ! Qu’est-ce pour un richard comme ton Maître ?


LE FONDEUR

Eh ! eh ! tant qu’il y a âme, il y a valeur !


PEER GYNT

Non, non, et encore une fois non ! Je me défendrai des pieds et des mains ! Tout plutôt que cela !


LE FONDEUR

Qu’entends-tu par tout ? Allons, sois raisonnable. Tu es trop lourd pour monter au ciel.


PEER GYNT

Je suis plus modeste et n’aspire pas si haut. Mais, quant à mon moi, je n’en céderai pas un brin. Jugez-moi d’après les anciennes coutumes. Enfermez-moi pour un certain temps chez Sa Majesté Très Cornue : pour un siècle, si le juge est sévère. C’est encore supportable. Après tout, il ne s’agit que de souffrances morales : ce n’est pas une si terrible affaire. Mais que je sois dissous pour constituer ensuite telle ou telle parcelle d’un corps étranger, — ah ! non ! Tout cet appareil de fonderie, cette disparition du moi gyntien, tout cela me bouleverse d’horreur jusqu’au fond de mon être !


LE FONDEUR

Voyons, Peer, mon ami, il ne faut pas t’emporter pour si peu. Toi-même ? Mais tu ne l’as jamais