Page:Ibsen - Peer Gynt, trad. Prozor, 1899.djvu/240

Cette page a été validée par deux contributeurs.
207
ACTE V

qu’il y a d’élevé, de sublime, était, pour lui, plongé dans un brouillard épais. Mais c’était un humble, un humble que cet homme. Depuis le jour du recrutement, il semblait sous le poids d’un arrêt, la honte au front et la main cachée dans sa poche. Devant la loi du pays, n’était-ce pas un réfractaire ? Oui, c’est vrai. Mais il y a quelque chose qui brille au-dessus de la loi, comme les hauts sommets blanchissent derrière le Glittertind et font descendre sur ce glacier des nuées qui le voilent. C’était un mauvais citoyen. Pour l’Église et pour l’État, c’était un arbre stérile. Mais là-haut, sur la crête, là où nos chemins se rétrécissent, dans ce travail auquel il se sentait appelé, il était grand, parce qu’il était lui-même. Sa vie rendit le son qui lui était propre. Elle vibra toujours en sourdine. Repose en paix, modeste guerrier, qui luttas et mourus dans l’humble combat du paysan ! Ce n’est pas à nous, poussière, de sonder les reins et les cœurs ; c’est à Celui qui nous dirige. Mais j’en ai le ferme espoir et j’ose librement l’exprimer : ce n’est point en infirme que cet homme paraît devant Dieu ! (Le cortège se disperse et s’éloigne. Peer Gynt reste seul.)


PEER GYNT

Voilà ce que j’appelle du christianisme ! Rien de cruel ni de pénible pour l’âme. Et le prêtre a choisi une thèse édifiante en prêchant l’obligation pour