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XV
PRÉFACE

dramatique que les grands classiques n’avaient pas réussi à créer, et ainsi nous rapprochent du vrai. Des Scandinaves et des Russes, d’Ibsen et de Tolstoï (du Tolstoï de la Puissance des Ténèbres), de nouveaux venus pourront apprendre, si ces choses-là s’apprennent, la volonté ferme et sérieuse de faire du théâtre, comme de l’art tout entier, une source de déterminations et d’actes, et de lui rendre, de cette façon, après vingt-cinq siècles, le caractère religieux qu’il avait du temps d’Eschyle et de Sophocle. Mais, pendant que ces vents, arrivant de tous les points de l’horizon, gonflent les voiles de leur imagination et de leur pensée, les vrais poètes français n’abandonnent pas et n’abandonneront jamais le courant qui a entraîné la poésie nationale vers des formes adéquates au génie de la race et dont la plus caractéristique est le vers alexandrin, si bien fait pour l’exposition élégante, le développement harmonieux et la belle ordonnance des idées, quelle que soit d’ailleurs l’origine de ces idées. Le vers alexandrin est, jusqu’à présent, le seul en France qui se soit assoupli au mouvement et à la vie scéniques, le seul qui sorte naturellement de l’imagination du dramaturge et des lèvres de l’ac-