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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/58

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C’est qu’on l’a comprimé dans une cage étroite ;
Si cet homme est affreux, c’est qu’on nous l’a jeté
Dans un moule de crime et de difformité.

L’ignorance, d’où vient le deuil, d’où sort le vice,
A sept mamelles d’ombre, et chacune est nourrice
D’une des sept laideurs du mal, monstre sans yeux ;
Tout despote a sucé ce lait mystérieux ;
Dès qu’il naît, on lui prend sa pensée, on l’efface ;
C’est un petit enfant, que voulez-vous qu’il fasse
Contre ce précepteur effroyable, le mal ?
Au delà de la vie et du destin normal
On lui fait un berceau terrible, où les chimères
Vont le bercer pendant qu’il dort, hideuses mères ;
Son œil, cherchant le jour, s’ouvre pour ne pas voir ;
On l’emmaillotte avec ce linceul, le pouvoir ;
Les intérêts abjects, groupés autour du maître,
Lui retirent l’idée et l’air, l’empêchent d’être,
Et, lui cachant le saint, le pur, le grand, le beau,
L’enferment dans lui-même ainsi qu’en un tombeau.